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Dax (12/08/2018 - tarde) : Indulto or not indulto...

©Roland Costedoat
©Roland Costedoat
Régulièrement les medias taurins expliquent suite à un indulto que celui ci génèrera forcément de la polémique pour dire qu’il n’était pas justifié. Au-delà du fait que chacun et surtout celui paie sa place a le droit d’avoir sa propre opinion et de na pas partager celle de son voisin, il convient de se poser la question « indulto or not indulto ».

Récemment j’ai eu le grand honneur d’être invité par un ami ganadero à une tienta. En premier lieu sort une vache qui prend quatre piques sérieuses en poussant. A la muleta, elle est exceptionnelle, passe, repasse, embiste. Le torero prend du plaisir à la toréer et les invités à la voir toréer. A l’issue de la tienta, j’échange avec le ganadero et il me dit « La vache, je ne la garde pas. Elle ne s’est pas employée au cheval et à gratter à la quatrième. Il faut faire attention à ne pas oublier que la bravoure est ce qui essentiel dans la sélection. » Ce dimanche, à Dax, est sorti un toro de Santiago Domecq noblissime (je n’ai pas trouvé de superlatif encore plus superlatif) qui boit le leurre et répète et va toujours à mas dans la muleta de Ginès Marin. Le torero joue la carte de l’indulto, une partie du public le suit, puis une partie du callejon. Le président résiste, oublie de faire sonner les avis, une partie refuse l’indulto. Le président finit par céder et sort le mouchoir orange. Une partie du public exulte, une autre partie, non négligeable exprime son mécontentement à l’issue de la vuelta du torero. L’indulto a été accordé, on ne reviendra pas en arrière. Mais si on interroge mon ami ganadero, il me dira « Le toro est venu deux fois au cheval sans s’investir, sans bravoure. Il a été ménagé à la pique pour permettre la faena. Il est noble mais manque de caste. Il ne peut être semental. » L’indulto a pour but unique de permettre à un toro de porter l’avenir de son élevage en devenant reproducteur. Il ne s’agit pas de conforter le succès d’un torero, de contribuer à l’ambiance de la fête, ou de se donner bonne conscience parce qu’on ne tue pas le toro (comme dans le dessin animé de Walt Disney). Le Santiago Domecq sorti en seconde position n’a pas eu une bonne note au premier tiers donc la réponse est « pas d’indulto », un mouchoir bleu aurait suffi. Refaire l’histoire ne sert à rien, il faut plutôt se projeter vers l’avenir. Que vont apporter à la tauromachie, ces indultos de troisième tiers qui se multiplient et touchent aussi les arènes de première catégorie ? N’oublions pas que ce qui garantira le futur de la cabaña brava, c’est la bravoure et pas la noblesse.

Au-delà de ce qui restera le fait marquant de cette corrida, sont sortis six toros de Santiago Domecq sans excès de présentation, bien armés mais pour la plupart justes de forces. Faiblesse qui les a pénalisés au cheval et qui a empêché les toreros, sauf pour le premier de Ginès Marin, d’exploiter à fond leur grande noblesse.

Le premier fait peu après sa sortie une vuelta de campana dont il gardera des séquelles. Il prend deux puyazos sans s’investir. Castella commence sa faena assis sur l’estribo et ramène le toro vers le centre. Le toro manque de forces mais est noble. Le français construit une faena classique, appliquée, dominant un bicho qui ne pose pas de problèmes particuliers. Quand il essaie de baisser la main et de réduire les terrains, c’est plus compliqué car le toro fléchit si on l’oblige trop. Avec son métier, le biterrois arrive à soutenir le Domecq, à lui imposer sa tauromachie et à couper une oreille après une entière en avant un peu basse.

Le second, le toro de l’indulto, est celui qui aura le plus de forces du lot, d’autant qu’il est ménagé et ne s’investit pas au cheval. A la muleta, il va être une machine à embister, chargeant et répétant à la moindre sollicitation de Ginès Marin. Il est plus que noblissime. Comme souvent avec ce type de toro, le torero se croise peu, profitant de la noblesse de l’animal. Ce qui ressort de la « performance » du torero, ce sont les enchaînements de passes classiques, de changements de main et d’adorños très élégants qui constituent les séries de passes. C’est varié, fin, torero et tout se met en place pour un triomphe de Ginès Marin, s’il tue bien. On connait la suite, quatuor dissonant « pro, contre, torero et présidence » qui aboutit à un indulto contesté et deux oreilles alors qu’un rabo n’aurait pas été refusé après une grande épée.

Le troisième est très mal piqué à deux reprises avant d’être bien banderillé par Jesus Enrique Colombo. Le toro est noble mais faible et manque de chispa. Il fléchit dès que le vénézuélien baisse la main. La comparaison avec le toro et la faena précédente jouent en défaveur du Santiago Domecq et du jeune matador. Le toro se défend de plus en plus et la faena va à menos laissant le public de marbre malgré une bonne estocade.

Le quatrième est plus que ménagé au cheval car il montre des signes de faiblesse dès sa sortie en piste. Au plan comportement c’est une copie conforme du second, la force en moins. Castella va tout faire pour le mettre en évidence dans une faena trop longue et qui lui vaudra deux avis. Il enchaine des séries bien construites, proches celles de Ginès Marin au second, mais qui semblent être filmées au ralenti à cause du manque de forces du toro. C’est un bel ouvrage mais il manque naturellement de l’émotion et la prolongation de la faena lasse une partie du public. Le français salue au tiers après une demie et une entière un peu basse.

Le cinquième est le mieux présenté du lot. Il est peu et mal piqué. Ginès Marin brinde au public. Le toro est noble mais fade. Le public a du mal à accrocher à la faena d’autant qu’une partie des aficionados en veut à Marin après l’indulto du second. C’est bien construit, mais il manque l’émotion nécessaire pour permettre à Ginès de couper une troisième oreille et de sortir par la Porte Principale, celle des triomphes à Dax. Il doit se contenter de saluer au tiers après un pinchazo et une entière basse.

Le sixième ne s’investit pas au cheval et prend une pique légère carioquée et un picotazo. Des trois paires de banderilles posées par Colombo, seule la seconde est à retenir. Le Domecq est noble, se laisse faire mais manque de fond. Colombo fait des efforts, s’applique sans vraiment peser sur un toro qui manque de transmission. Le public le récompensera d’une oreille après une entière rapide d’effet mais basse, le toro tombant juste avant que l’hémorragie ne soit visible.
Ainsi se termine par la sortie à hombros par le patio de caballos du mayoral et de Ginès Marin, une corrida qui va alimenter tertulias, réseaux sociaux et soirées d’hiver.

 

Fiche technique :
Arènes de Dax, deuxième corrida de la Féria
Six toros de Santiago Domecq, sans excès de trapio, bien armés, très nobles mais justes de force à l’exception du second Lebrero qui avait plus de moteur et a été indulté, indulto sujet comme souvent à polémiques, pour
Sébastien Castella : une oreille, deux avis et salut au tiers
Ginès Marin : deux oreilles symboliques, un avis et salut au tiers
Jesus Enrique Colombo : silence et une oreille
Le ganadero accompagne Ginès Marin dans sa vuelta après l’indulto du second
Douze piques légères, cavalerie Bonijol
Quelques places vides sur les gradins
Temps lourd précurseur de l’orage de la nuit

Thierry Reboul

Voir le reportage photographique : Roland Costedoat