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Nîmes (16/09/2018 - matinale) : Double Porte des Consuls pour Juan Bautista et Sebastian Castella ; Lea Vicens par la Porte des Cuadrillas...

©ElTico
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C'était presque la matinée parfaite, six ans jour pour jour après l'autre, celle qui reste donc à ce jour unique... Trois figuras françaises qui remplissent les arènes de Nîmes ; la Marseillaise à l'issue du paseo et des tendidos déjà debout ; Juan Bautista, pour son dernier paseo sur le sol national et Sebastian Castella par la Porte des Consuls trois heures après...

Ne manquaient au tableau pour qu'il soit idyllique qu'une petite oreille à Lea Vicens, afin qu'elle puisse emprunter avec ses deux compatriotes l'issue la plus prestigieuse de l'Amphithéâtre Nîmois et, à mon sens, un petit geste du biterrois qui aurait pu dédier le combat d'un de ses deux toros à l'Arlésien, comme l'a par ailleurs fait avec élégance l'amazone. "Dis moi devant qui tu triomphes et je te dirais quel champion tu es", a-t-on coutume de dire dans le milieu sportif... Si Sebastian Castella brille aujourd'hui au firmament de la tauromachie mondiale, et il en a encore fait la preuve ce matin, c'est aussi parce qu'au plan national, Juan Bautista lui a souvent tenu la dragée haute. Et il aurait peut-être été de bon ton, alors que leurs histoires tauromachiques sont irrémédiablement liées pour des raisons générationnelles certes, mais aussi par le fait d'une confrontation naturelle et de deux styles diamétralement opposés, qu'alors que Juan Bautista tire sa révérence, Sebastian Castella ait cette petite attention à son égard...
Sur le plan strictement taurin, face à des toros de Cuvillo maniables et collaborateurs en général, ce sont huit oreilles et une queue que se sont partagés les deux matadores de toros français, le biterrois réalisant face au dernier de l'envoi une prestation de très haut niveau, comme on lui en a peu vu réaliser ici, grace notamment à un final impressionnant d'intensité. Avec un sorteo moins favorable, Juan Bautista a une nouvelle fois su conquérir le conclave par deux faenas d'orfèvrerie, prenant tout d'abord la mesure de ses deux opposants avant le leur servir le trasteo idéal et de leur obtenir, par son envie, son âme et sa classe, la transmission dont ils étaient originellement dépouvus. Lea Vicens a coupé une oreille de chacun de ses toros, se montrant toutefois un peu moins adroite avec les bâtonnets face au second. Le dernier trophée fut donc un peu chahuté... Autre légère ombre sur cette matinale presque parfaite...

Laurent ElTico Deloye


La chronique d'Alexandre Guglielmet :

Le premier pour Lea Vicens fut un toro de Carmen Lorenzo très distrait à sa sortie en piste avant de se montrer plus collaborateur au fil du temps. Faisant preuve d'une technique appréciable et d'un joli sens du temple, la nimoise livra un ensemble plaisant, posant les palos avec brio et précision. Mort en deux temps. Oreille.

Juan Bautista salua une chaleureuse ovation avant l'entrée de son premier Cuvillo. Il le lidia ensuite avec beaucoup d'intelligence avant de le conduire pour deux prises de châtiment sans histoire. L'arlésien entrecoupa ce premier tercio par un quite par chicuelinas ajustées, récoltant des applaudissements nourris. A la muleta, le bicho fut noble mais sans déborder de force ni de transmission. Toréant à mi hauteur, trouvant instantanément le bon sitio et la bonne cadence, Juan Bautista tira vers le haut cet exemplaire, éditant une prestation ambidextre toute en domination et en bon goût. Se débarrassant de l'ayuda en milieu de faena, le camarguais connut les meilleurs moments sur la rive gauche, dessinant des naturelles profondes de haute facture. Final dans un périmètre restreint, à base de redondos, muletazos et d'un savoureux changement de main, impactant ainsi un peu plus sur des tendidos conquis. Mort par recibir un poil de côté,
libérant deux oreilles du palco présidentiel.

Sébastien Castella eut également droit à une ovation avant la sortie en piste de son premier Cuvillo. Ce bicho prit deux piques, ajoutant à cela une autre sur le passage. Début de faena de qualité avec des doblones, un genou à terre, conduisant ainsi son adversaire au centre de ruedo avec décision. Bénéficiant des charges nobles de ce Cuvillo, le bitterois ne laissa pas passer l'occasion de briller et prétendre au triomphe. Laissant idéalement courir la main, Castella enroula cet adversaire dans des séries droitières harmonieuses et templées à souhait. A gauche, il servit également des bons moments avec justesse dans les toques et finesse dans la gestuelle. Cette prestation agrémentée de plusieurs passes d'adornos fut conclue par une entière trasera et légèrement tombée, délivrant deux appendices.

Le quatrième de la matinée fut un exemplaire d' El Capea avec un comportement manso, similaire au premier adversaire de l'amazone. Devant un animal sans grand moteur, Lea édita une prestation en dent de scie, alternant les poses précises et enjouées, comme d'autres aux placements maladroits. Final par banderilles courtes efficaces avant une épée trasera suivie d'un coup de verdugo. Oreille exagérée, reçue sous une grosse division d'opinion.

Le second de Juan Bautista ne montra rien d'intéressant dans le capote de salida avant de prendre deux piques bien posées. Face à un animal sans grand intérêt, Juan Bautista en technicien hors pair, réussit à extraire le meilleur de cet astado, construisant ainsi un trasteo d'intérêt, poderoso et varié. Sur la rive droite, il distilla plusieurs passages relâchés et templés, connaissant également des échanges de qualité sur la zurda. Conclusion par bernardinas allurées avant de placer une entière chirurgicale, d'effet rapide. Deux oreilles.

Le dernier de la matinée fut un jabonero de belle présentation, applaudi à sa sortie.Castella le réceptionna par un capoteo fleuri avant de frôler le drame en trébuchant devant l'astado. Par miracle, le Cuvillo s'intéressa au capote et non au diestro allongé au sol. Au tercio de varas, le bicho prit deux piques en bravito avant de voir Rafael Viotti quitter la montera après deux paires de catégorie dont la seconde à la limite de l'accrochage. Entame de troisième tiers par cambiadas au centre, suivies par des muletazos plein de stoïcisme. Profitant d'un opposant juste de force mais à la noblesse affichée, le protégé de Simon Casas put développer sa tauromachie, embarquant son opposant sur chaque bord lors de tandas harmonieuses et allurées qui impactèrent le public. Alors que son astado baissait de ton, Castella eut le mérite de redonner de l'intensité à son labeur, réalisant un final entre les cornes, plein de pouvoir et d'engagement, faisant lever la foule. Deux oreilles et la queue après une entière engagée. Vuelta al ruedo posthume excessive.


Arènes de Nîmes (30)
Dimanche 16 septembre à 11h30.
1 toro d' El Capea (4) , 1 de Carmen Lorenzo (1) et 4 de Nuñez Del Cuvillo.
Poids : 530 , 542 , 527 , 537 , 517 , 535.
Casi lleno
Beau temps
Durée : 2h40
Présidence : Mr Valade

Lea Vicens : Oreille / Oreille
Juan Bautista : Deux oreilles / Deux oreilles
Sébastien Castella : Deux oreilles / Deux oreilles et la queue.

Sortie à hombros par la porte des Consuls de Juan Bautista et Sébastien Castella, Lea Vicens sortant quant à elle sur les épaules par la porte des cuadrillas.
Le toro numéro 169 , pesant 535 kilos , né en novembre 2013 , sorti en sixième position , fut primé d'une vuelta posthume.
En fin de paseo , la Marseillaise fut jouée par Chicuelo II, reprise en choeur par l' ensemble du public.
Juan Bautista reçut un souvenir en hommage à sa carrière et à son dernier paseo dans la cité gardoise.
Jeremy Banti officiait en temps que sobresaliente.

Alexandre Guglielmet


Voir le reportage photographique : ElTico