Saint-Sever (11/11/2018) : Les Coquillas font oublier la pluie...

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©Matthieu Saubion
©Matthieu Saubion
Quand commence le paseo de la non piquée de la semaine taurine et culturelle de Saint Sever, la fin de la temporada est proche. Il faut beaucoup d’aficion pour braver des conditions atmosphériques rarement clémentes.

L’an passé, il faisait très froid, cette année la météo clémente au début de la course a viré à la pluie en fin de soirée. Pourtant personne sur les gradins n’a regretté de s’être un peu mouillé. Une fois de plus, les erales de la ganaderia Coquilla de Sanchez Arjona, bien présentés, dans le type de l’encaste et exigeants, ont donné une novillada très entretenue. Les jeunes toreros ont fait face avec courage malgré le sérieux et la difficulté de l’opposition.
Au risque de se répéter, il est vraiment dommage que cette encaste soit passée de mode car elle fournit des bichos, avec peu d’armures certes, mais avec du trapio et une capacité à mettre la tête et à répéter dans la muleta sans jamais baisser de rythme. Avec plus de réussite à l’épée, il y avait matière pour les quatre novilleros à couper des oreilles.

Le premier eral humilie dès les premières passes dans le capote d’Alvaro Burdiel. Au troisième tiers, il est noble, se replace et répète en baissant la tête Le novillero a du style mais ne garde pas assez le bicho dans sa muleta en début de faena pour lui apprendre à passer. Les deux premières séries sont élégantes mais ne pèsent pas sur le novillo. Après une bonne série à droite, le Coquilla va à mas mais le torero a du mal à contrôler sa charge en particulier lors des premières naturelles. Le bicho prend alors le dessus sur son opposant. Burdiel a des qualités qu’il met en évidence sur une bonne série à droite avant de se faire à nouveau déborder lors d’une série où il toréé de façon plus marginale. Le madrilène cite pour des naturelles de face brouillonnes avant d’enchaîner deux belles séries de trois quarts plus adaptées au Coquilla et qui seront les meilleurs muletazos de l’après-midi. Alvaro est un toreo avec du potentiel, mais il manque de métier et a mis du temps pour s’adapter, sans y arriver totalement, au comportement de son novillo. Il a construit une faena intéressante mais en dessous du potentiel du Sanchez Arjona. Il tue d’un entière en avant et fait une vuelta, après une pétition minoritaire. L’arrastre est applaudie.

Suite à une fausse manœuvre, sort en seconde position, le novillo de Villita qui aurait du conclure l’après-midi. Le bicho a du trapio et surtout beaucoup de piquant. Il est vif, se retourne vite et exige d’être lidié avec autorité. Il déborde Villita au capote et en début de faena le désarmant à plusieurs reprises. Le triomphateur de Séville a du mal à trouver le sitio. Il confond souvent brusquerie et autorité et ne conduit pas assez la charge. Il se fait accrocher la muleta, se fait secouer. Malgré les problèmes le novillero s’accroche, réussit sur certaines séries, en obligeant le novillo, à prendre le dessus et tirer de bons muletazos à droite avant de reculer et se faire à nouveau déborder surtout lorsqu’il prend la main gauche. Le novillo est encasté et très exigeant. Il transmet beaucoup. Le public, conscient des difficultés et la bonne volonté du torero l’encourage. Mais la mise à mort est laborieuse et Juan José doit se contenter de saluer au tiers alors que l’arrastre est applaudie.

Le troisième, qui aurait du sortir en second, sera le mieux présenté mais aussi le moins intéressant du lot. Il fait illusion à sa sortie en piste et permet à Solalito de briller avec le capote. Alors que la pluie commence à tomber, le nîmois le double avec autorité, réalise une bonne série à droite. Le Coquilla est distrait, tardo, n’humilie pas et transmet peu. Il va très vite à menos et devient compliqué. Malgré les efforts du torero, la faena perd en intensité et en intérêt. Solal insiste un peu trop avant de conclure par une entière basse et deux descabellos.

Le dernier eral est très bien reçu à la cape par Yon Lamothe. Le Coquilla est noble, répète mais manque de fond. Il se laisse toréer mais transmet peu d’émotion. Yon le double bien, prend le dessus sur lui. Il alterne, à droite, de bons muletazos avec des séries plus brouillonnes. Le novillo est plus intéressant à gauche ce qui permet au landais d’enchaîner quelques bonnes naturelles sans en exploiter toutes les possibilités avant que l’eral ne baisse de ton. La fin de faena est appliquée mais fade. Yon a besoin de passer à l’échelon supérieur pour y trouver une opposition plus consistante. Sa prestation est mal conclue à l’épée par une demi-épée très basse. La pétition est bruyante mais minoritaire et l’oreille accordée est contestée par une partie du public.

Ainsi se termine la dernière course en habit de lumière de la temporada française. Temporada qui prendra fin, dans le Sud Ouest, avec la Fiesta Campera de Rion des Landes, le 18 Novembre.

Fiche technique
Arènes de Saint Sever : novillada non piquée de la Semaine taurine et culturelle.
Quatre erales de la ganaderia Coquilla de Sanchez Arjona, bien présentés, sérieux et exigeants pour :

Alvaro Burdiel : vuelta
Villita : un avis et salut au tiers
Solalito : un avis et silence
Yon Lamothe : une oreille contestée

Président : Pascal Darquié
Prix des organisateurs du Sud Ouest : Yon Lamothe (premier prix), le second est partagé entre les trois autres novilleros
Triomphateur de la novillada (Peña Jeune Aficion) : non attribué
Prix à la faena la plus artistique (Prix offert par la Villa Mirasol) : Alvaro Burdiel
Prix à la meilleure série de naturelles (Prix offert par la société « In Vino Veritas ») : Alvaro Burdiel
Un tiers d’arène
Animation musicale : Peña Al Violin venue remplacer au pied levé le groupe musical initialement prévu ;
Pluie à partir du troisième eral

Thierry Reboul

Voir le reportage photographique : Matthieu Saubion