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Kike : "Ce triomphe vergézois permet que l'on parle à nouveau de moi ! "...

©Justine Messina
©Justine Messina
A quelques semaines du début de temporada français, nous sommes allés à la rencontre du novillero landais Cédric Fructueux "Kike".

Corridafrance : En 2018, tu as débuté en piquée à Vergèze. On peut dire que ça s'est plutôt bien passé même si tu finis à l'infirmerie au lieu d'accompagner Baptiste Cissé à hombros. Comment as-tu vécu cette tarde avec cet ascenseur émotionnel?
Kike : J'attendais mes débuts en piquée depuis assez longtemps et j'ai pris énormément de plaisir avec mes deux adversaires.Le premier, un bon utrero de Gallon, m'a permis de prendre beaucoup de plaisir, de toréer comme je le ressens et de montrer ma personnalité aux aficionados. Je lui coupe les deux oreilles après une bonne estocade. A ce moment là, je me rends compte que tous les efforts, les sacrifices et la longue attente pour en arriver là ont valu la peine. Mon deuxième novillo, marqué du fer de Michel Barcelo, sort plus compliqué, assez distrait à la cape mais j'ai essayé de lui faire bien les choses pour qu'il me le rende par la suite. Il m'a permis de montrer une autre facette de mon toreo car il a fallu d'abord le comprendre, lui donner sa distance pour ensuite pouvoir lier les séries. Il y a eu de bons passages surtout à gauche et je voyais qu'à droite il rentrait chaque fois un peu plus vers l'intérieur. La faena est allé à más, je me suis beaucoup engagé à l'épée même si je savais qu'il m'avait prévenu à plusieurs reprises sur la droite. Je l'ai très bien tué mais hélas au moment de l'estocade, il m'a infligé ce coup de corne dans la cuisse gauche. Je ne retiens vraiment que du positif de cette tarde, même si j'aurai préféré accompagner mon compañero de cartel à hombros. Je ne regrette pas d'avoir pris des risques pour bien tuer, cela fait parti de la tauromachie. Les aficionados ont ainsi pu me redécouvrir et apprécier de nouveau mon toreo. Ce triomphe permet que l'on parle à nouveau de moi et dans ma situation c'est primordial.

C.F : Après cette novillada, tu n'as plus rien eu jusqu'au festival de Gimeaux, en clôture de temporada. D'ailleurs là aussi ta prestation fut convaincante...
Kike : Malgré ce triomphe vergézois et alors que quelques cartels n'étaient pas encore bouclés, je n'ai pu intégrer aucune novillada. A Gimeaux, dans des conditions climatiques très difficiles, la piste était quasiment rendue impraticable par la forte pluie tombée tout au long de la course, j'ai pu m'exprimer avec un bon novillo de la ganadería "El Campo". Cet animal possédait beaucoup d'alegria dans ces charges, ce qui a donné beaucoup d'importance et de transmission à ma faena. Malgré une épée entière, l'astado mit un peu de temps à tomber mais ça ne m'a pas empêché de couper une oreille. Une fois de plus, j'ai pu laisser une bonne sensation chez les professionnels et les aficionados.

C.F : Tu es de Linxe (Landes), tu as connu de nombreux succès en sans picador dans le Sud-Ouest et paradoxalement tu as eu ta chance en piquée dans le Sud-Est. Comment expliques-tu cela?
Kike : Il n'y a pas vraiment d'explication. C'est vrai qu'en non piquée j'ai connu de nombreux succès dans le Sud-Ouest notamment avec le prix au meilleur novillero à Garlin, Dax, Tyrosse (2 fois), Aire Sur Adour, Magescq, la seule oreille de la novillada à Bayonne, etc... Mais quand j'ai voulu débuter en novilladas piquées, les portes ne se sont pas ouvertes comme je l'aurais espéré. J'ai du attendre quatre longues années pour pouvoir enfin commencer à l'échelon supérieur.

C.F : Justement, comment as tu eu ce contrat de Vergèze?
Kike : C'est Patrick Cusy, un des membres du club taurin "Fiesta Brava", qui m'a contacté, avec l'approbation du président Camille Martinion. Ils se rappelaient de mes succès en sin caballo et voyaient mes photos et vidéos en tentaderos. Ils avaient envie de me revoir dans les arènes. Je les remercie du fond du cœur de m'avoir donné ma chance, d'avoir cru en moi. Je pense que la meilleure façon de leur rendre la pareille était de triompher et c'est ce qu'il s'est passé.

C.F : Tu n' as pas d'apoderado. N'as tu jamais eu de contact pour te lier à quelqu'un ?
Kike : Effectivement, je n'ai pas d'apoderado et je n'ai encore jamais eu de proposition d'apoderamiento. J'ai dû me débrouiller seul pour me trouver les contrats en non piquées et maintenant en piquées. J'ai toujours eu la nécessité de me gagner les contrats les uns après les autres, grâce à mes triomphes. Je veux vraiment être torero et je me bats quotidiennement pour cela. Bien sûr que j'aimerais tomber sur la bonne personne, celle qui saura me conseiller, qui me permettra d'évoluer et qui saura retrousser ses manches pour se battre à mes côtés pour obtenir des contrats. Si cette personne se présente à moi, je ne douterai pas à lui accorder mon entière confiance.

C.F : Au cours de la dernière temporada, tu as diffusé un communiqué afin d'évoquer ta situation et demander aux empresas de te prendre en considération. Penses tu avoir été entendu ? Est ce que cela t'a servi?
Kike : Oui c'est vrai, j'ai diffusé un communiqué en expliquant que je voulais être torero, que j'avais triomphé quand on m'en a avait donné l'opportunité et que je pensais mériter d'intégrer d'autres cartels pour confirmer ce triomphe. Je pense avoir été entendu car lorsque j'appelle les organisateurs, ils connaissent ma situation, écoutent mes demandes avec attention. J'espère vraiment que cela me servira. La France est connue pour permettre aux toreros de se gagner les contrats dans les arènes et celui qui triomphe se voit offrir d'autres opportunités. J'espère que pour moi il en sera de même.

C.F : Tu es de nouveau programmé à Vergèze.Comment prépares tu ce rendez-vous important ?
Kike : Ayant triomphé l'an dernier dans leurs arènes, ils trouvaient normal de me reprogrammer et je les en remercie une fois de plus. Je me prépare comme toujours, toreo de salon toute la matinée et entraînement physique l'après-midi. J'essaie surtout de tienter le plus possible car il n'y a que devant l'animal que l'on arrive à vraiment progresser.

C.F : En parlant de campo, on peut constater sur les réseaux sociaux que tu en fais beaucoup. Y en a t-il un qui t'a particulièrement impressionné ?
Kike : C' est vrai que j'ai la chance de faire beaucoup de campo. S'il y a un torero qui m'impressionne par sa technique, sa classe et sa longévité dans le toreo, c'est le maestro Enrique Ponce. J'ai la chance et le bonheur de pouvoir partager beaucoup de tentaderos avec lui et il m'impressionne un peu plus chaque jour. Bénéficier de ses conseils et de ses encouragements est quelque chose de précieux, qui me permet d'avancer énormément.

C.F : Y a t-il des toreros qui t'inspirent?
Kike : Tous les toreros sont intéressants car chacun a ses particularités avec ses qualités. Mais il y a certains toreros qui m'inspirent plus que d'autres. Des maestros comme Alejandro Talavante, Emilio De Justo, Morante De La Puebla et bien évidemment Enrique Ponce me captivent de par leur pouvoir sur les toros, leur élégance et leur torería en piste.

C.F : Depuis plusieurs années, tu es installé dans un village andalou. Comment as tu pris cette décision?
Kike : Je suis installé entre Séville et Jerez De La Frontera. J'ai fait ce choix car plusieurs professionnels français m'avaient dit que si je voulais vraiment en faire mon métier, je devais partir l'hiver en Espagne pour faire une vie de torero, pouvoir ainsi tienter un maximum et m'améliorer de jours en jours. En France, de par le climat et le peu d'opportunités de faire du campo durant l'hiver, je ne pouvais progresser comme je l'aurais voulu. Je suis quelqu'un de très perfectionniste et j'avais besoin de ce changement pour avancer.

C.F : Avais tu des contacts sur place?
Kike : Je n'avais aucun contact. Après avoir fini mes études, j'ai participé à un stage de six mois dans une entreprise de Jerez. Une fois installé, j'ai eu la chance de me lier d'amitié avec une personne qui connaissait très bien le mayoral de Juan Pedro Domecq. Il m'a emmené tienter de second une première fois et je leur ai plu. Depuis ce jour, ils me permettent de m'entraîner de la meilleure des façons, en voyant du bétail en moyenne deux à trois fois par semaine. Je ne les remercierai jamais assez car si j'ai progressé durant ces années, sans toréer en public, c'est grâce à eux. Dorénavant c'est un peu ma deuxième maison...

C.F : Il y a un contingent important de novilleros tricolores en activité avec pas mal d'opportunités qui leurs sont offertes. Ne considères tu pas ton exil comme un frein pour les empresas français, préférant peut être engager un novillero résidant en France avec qui ils peuvent se sentir plus proche et rencontrer plus souvent?
Kike : Je ne sais pas si c'est un frein, je ne pense pas. Je vois plutôt cela comme un point positif car cela me différencie des autres novilleros et cela montre ma détermination à être torero. Maintenant grâce à internet, les empresas peuvent suivre mon évolution au campo, voir que je reste en activité, que je progresse alors que si je passais l'hiver en France, comme je l'ai dit précédemment, je n'aurais pas autant d'opportunités de me mettre devant du bétail. Mais j'essaie de revenir en France de temps en temps, je serai d'ailleurs en conférence à Bayonne le 23 février. Dès que je me trouve dans l' hexagone, j'en profite pour rencontrer les empresas et les aficionados. Grâce à cela, je sais qu'il y a une grande demande de la part des aficionados de me revoir fouler les ruedos français.

C.F : A l’aube de la temporada 2019, y a t il des contacts établis avec d'autres plazas?
Kike : Je contacte toutes les arènes françaises pour essayer d'avoir plusieurs novilladas cette temporada. Pour l'instant certaines sont assez intéressées mais rien de concret à cette date. Il y a un total de 27 novilladas piquées sur le sol français et j'espère que je pourrais en toréer plusieurs, que les aficionados puissent voir mon envie et apprécier mon toreo.

C.F : Comment as-tu perçu le niveau des novilleros en 2018 ?
Kike : Je trouve qu' il y a un bon niveau général. Sans être prétentieux, je pense franchement que, si l'on me donne ma chance, je peux arriver à rivaliser avec tous.

C.F :Que pouvons nous te souhaiter pour 2019 ?
Kike : De nombreux contrats , de grandes faenas et des triomphes qui me permettraient de réaliser une année de confirmation.

C.F : Suerte Kike
Kike : Merci beaucoup

Propos recueillis par Alexandre Guglielmet