Saint-Sever (11/11/2019 - tarde) : Opposition de styles...

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©Philippe Latour
©Philippe Latour
Les devins avaient raison. Même si la température était de celles qui vous incitent à rester au chaud devant la télévision, la pluie a épargné Saint-Sever. La novillada du 40ème anniversaire de la Peña Jeune Aficion a pu se dérouler. Bien entendu, la froidure et les nuages menaçants ont pénalisé la taquilla.

Après les Sanchez Fabrès ce sont les Coquillas de Sanchez Arjona qui ont foulé de sol des arènes Henri Capdeville. Aussi bien présentés que leur cousin du matin, les novillos de cette après-midi ont manqué de fond et ont donné beaucoup moins de jeu.
Côté toreros l’opposition de style entre le baroque Francisco Montero et le classique Alejandro Mora a tourné « statistiquement » à l’avantage du premier. Pourtant la meilleure faena et les meilleurs muletazos sont à porter à l’actif du second.

Montero met la pression sur son collègue dès les premiers capotazos. Il enchaîne, avec beaucoup de fougue, passes serrées et largas de rodillas au centre du ruedo. Le novillo pousse sous une première pique, un peu longue. Il se défend au contact du fer à la seconde. Alejandro Mora prend le relais pour un quite très élégant. Montero débute sa faena par des doblones un peu trop appuyés pour un bicho juste de forces. . Il a de l’aplomb, mais il a les défauts des toreros débutants. On retrouve en lui les caractéristiques des novilleros d’antan dont on disait « ils ont de l’envie, du courage mais il est encore vert. Il va alterner des séries où il s’expose et pèse sur le novillo avec d’autres où il s’expose et se fait déborder par son opposant. Celui lui vaudra plusieurs accrochages très spectaculaires dont il ressort heureusement, mais par miracle, indemne. Il repart au combat, enchaîne des muletazos valeureux. Puis il se fait accrocher à nouveau. L’ensemble porte sur le public mais pas beaucoup sur un novillo qui manque de fond et acquiert au fur et à mesure de la faena des défauts qu’il n’avait pas. L’estocade entière, portée avec engagement, résulte légèrement tombée. Le puntillero fait relever deux fois le Coquilla. Le novillero, appelé à saluer, s’octroie une vuelta.

Le second est reçu par des véroniques et une demie de grande classe. Mal piqué, il ne pousse ni lors la première rencontre, ni lors de la seconde. Montero fait un quite accroché auquel Mora répond par une très belle demie. Alejandro Mora amène le bicho au centre de la piste et enchaîne avec beaucoup finesse et de classe des séries sur les deux mains conclues par des firmas ou passes d’ornement ponctuées par les olés du public. Le torero prend le dessus sur le novillo et la faena va à mas avec trois très séries de naturelles superbes pour la conclure. On peut juste reprocher au jeune torero de ne pas toujours se croiser mais il y a chez ce garçon une classe naturelle. Malheureusement Mora n’est pas à l’aise avec les aciers. Il perd les trophées qu’il avait gagnés avec la muleta en pinchant à plusieurs reprises avant une entière basse et en avant. Il doit se contenter de saluer au tiers.

Montero accueille le troisième à porta gayola. Le Coquilla prend une première pique en se défendant. La seconde vaut surtout par la qualité du travail du piquero Laurent Langlois qui est applaudi quand il quitte le ruedo. Montero est un novillero baroque. Son novillo manque de fond et de charge. Le novillero opte, avec avoir banderillé avec plus ou moins de réussite, pour une tauromachie trémendiste alternant des passes brouillonnes avec des muletazos dominateurs Malheureusement, le toro va à menos et le torero insiste trop et prolonge la faena au-delà du nécessaire. Final « baroque », le novillero conclut par des manoletinas. Cela est classique, ce qui l’est moins c’est qu’il a remplacé la muleta par son capote de paseo. Capote qu’il va également utiliser pour entrer à matar. L’entière est basse et efficace. Le président se laisse influencer par une partie du public et accorde deux oreilles, la seconde généreuse. Le novillero, comme autrefois El Roque, divisera l’Aficion. Il est plein de courage, d’envie Il a une tauromachie originale et qui porte sur le public. Mais il se met souvent en difficultés. Il n’est pas sûr qu’il ne finisse pas par lasser une fois l’effet de surprise passé d’autant que les coups reçus ne manqueront pas de laisser des traces.

Avec Alejandro Mora, on change de registre. Malheureusement le novillero va toucher le moins bon novillo de la tarde. Distrait et manso, le Coquilla prend deux piques sans conviction. Il manque de race. Compliqué, de charge courte, il ne permet pas grand-chose malgré la volonté de bien faire du jeune novillero qui peine à nouveau avec les aciers.

 

Fiche technique
Arènes de Saint-Sever : novillada piquée de la Semaine taurine et culturelle organisée par la Peña Jeune Aficion.
Quatre novillos de Coquillas de Sanchez Arjona bien présentés mais manquant de fond pour :

Francisco Montero : vuelta, un avis et deux oreilles
Alejandro Mora : salut, deux avis et silence

Huit piques, cavalerie Bonijol
Ovation au picador Laurent Langlois à l’issue du tercio de piques du troisième
Francisco Montero reçoit le prix du triomphateur de la novillada
Président : Olivier Martin
Température et taquilla basses

Thierry Reboul

Voir le reportage photographique : Philippe Latour