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Rion-des-Landes (17/11/2019) : belle démonstration de lidia de Domingo Lopez Chaves...

©Philippe Latour
©Philippe Latour
Francis Wolf explique dans son livre « Philosophie de la corrida » que celle-ci n’est pas un rite, il n’empêche que, paradoxalement, elle est faite de rituels. La Fiesta Campera de Rion des Landes en est un.

C’est le dernier rendez vous proposé avant la trêve hivernale et en général les aficionados du Sud-ouest y sont présents en nombre. Les conditions météorologiques avec de fortes pluies et des routes pour certaines difficilement praticables ont nui au succès populaire de l’édition 2019. Celle-ci a quand même pu se dérouler grâce au travail des organisateurs pour maintenir et remettre en état le ruedo et aussi grâce à une accalmie qui nous a préservés au moins jusqu’au quatrième novillo.
En prélude à la Fiesta Campera, une minute d’applaudissements a rendu hommage au ganadero Pierre Bats récemment décédé.
Autre hommage rendu au ganadero d’Alma Serena, un eral de son fer a complété le lot de novillos de la ganaderia Jalabert, traditionnel élevage de ce dernier spectacle taurin de la temporada. Correctement présentés les utreros de l’élevage camarguais, en particulier les deux premiers, sont sortis nobles et ont offert des possibilités aux toreros.

Le premier est un peu juste de forces et serre à gauche dans les premiers capotazos. Bien mis en suerte par Domingo Lopez Chaves, il vient bien et pousse sous le fer. Le torero de Ledesma est un excellent lidiador et il va encore le prouver ce jour. Il laisse respirer le novillo entre chaque série. A chaque passe, il le conduit le plus longtemps et le plus loin possible. Domingo peut ainsi exploiter la noblesse du Jalabert. Le bicho va à mas et le torero, petit à petit, baisse la main pour les dernières séries relâchées et templées. Seule une petite erreur de terrain met en difficulté Domingo sur une passe à gauche. Le jury, public et toreros, accorde deux oreilles à Lopez Chaves, le toro est applaudi à l’arrastre.

Le second est peu piqué. Manuel Escribano partage les banderilles avec Adrien Salenc. Le novillo est lui aussi noble et un peu juste de forces. Le sévillan le toréé en douceur et commence sa faena par deux bonnes séries à droite. Le sévillan profite des qualités du bicho pour toréer avec élégance mais en restant marginal. L’ensemble est plaisant mais manque d’émotion. Final en réduisant les terrains avant une entière basse et efficace, deux oreilles sont accordés au torero andalou.

Le troisième est le plus costaud des quatre utreros. Il sera aussi le plus exigeant. Il prend un bonne pique en poussant. Adrien rend la politesse à Escribano pour un tercio de banderilles où le jeune français se montre à son avantage. Bon début de faena à droite, le Jalabert demande de la fermeté. Salenc le toréé avec sincérité et s’expose jusqu’à être accroché. Il reprend le dessus sur le novillo en le toréant « en rond » à droite, la corne gauche étant plus compliquée. Mise à mort en deux temps avec pour finir une entière basse, le jury accorde deux oreilles au jeune matador provençal.

La pluie s’invite à la fête et tombe de plus en plus drue rendant la piste glissante lors de la dernière faena.

Le quatrième est un peu plus léger. Il prend une pique en se défendant sous le fer. Il est noble et offre des possibilités que n’exploitera pas complètement Kike. Le novillero landais alternera des séries intéressantes avec d’autres moins abouties et restera en dessous des possibilités de son utrero. Il coupera une oreille après une mise à mort laborieuse.

Le dernier bicho est un eral très bien présenté de la ganaderia d’Alma Serena. Abanto, il est bien reçu et fixé par Jean Baptiste Lucq. Le landais réalise un très bon quite par chicuelinas au sortir d’une pique où le bicho s’est employé en poussant sur une corne. Après un brindis émouvant à la famille du ganadero. Jean Baptiste commence sa faena par de bons muletazos par le haut et deux belles séries de derechazos. Le novillero est encore vert et emporté par sa fougue, il se fera bousculer par un novillo qui devient de plus en plus compliqué. Le jeune torero s’arrime avec son habituel courage mais il manque encore de métier et le toro prend le dessus. La mise à mort est difficile, mais tout apprentissage est fait d’erreurs et d’échecs, et le jury récompense le mugronnais en lui accordant les deux derniers trophées de la saison taurine française 2019.

La pluie redouble et le public se réfugie sous le chapiteau pour partager le repas de l’Aficion.
Comme les rituels, la corrida a tout un tas de proverbes et dictons dont les chroniqueurs usent et abusent. Profitons de cette dernière course pour en rajouter un. « Fin de temporada pluvieuse, début de temporada suivante heureux ». C’est tout le mal que l’on peut souhaiter aux organisateurs de notre région, fortement pénalisés depuis mi-septembre par des conditions météorologiques défavorables. Rendez vous est donc pris pour le début de la saison 2020 dans les arènes couvertes de Magescq au mois de Février.

Fiche technique
Arènes de Rion des Landes, Fiesta Campera
Quatre novillos de la ganaderia Jalabert (nobles et donnant du jeu, les deux premiers) et un eral d’Alma Serena pour :

Domingo Lopez Chaves : deux oreilles
Manuel Escribano : deux oreilles
Adrien Salenc : deux oreilles
Kike : une oreille
Jean Baptiste Lucq : deux oreilles

Six piques, cuadra Bonijol
Temps couvert puis pluie à partir du quatrième toro
Une demi-arène

Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Philippe Latour