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Mugron (21/06/2021) : les absents ont encore une fois eu tort...

0047Tout doucement la temporada démarre dans le Sud-Ouest .Après Gamarde, c’est au tour de Mugron d’organiser sa novillada. Il a manqué du monde sur les gradins malgré une jauge réduite à 999 personnes pour que le pass sanitaire ne soit pas nécessaire. Dommage pour les organisateurs qui se démènent pour que la corrida retrouve sa place dans le paysage culturel et festif de notre région.

Les absents ont eu doublement tort car la novillada de ce Dimanche a été très intéressante grâce à un excellent lot de novillos de José Cruz et des novilleros motivés.
Les bichos de la ganaderia salmantine, à l’exception du second qui déparait le lot étaient bien présentés Les quatre derniers ont par leur présence, leur caste et leur noblesse créé de l’émotion tout en permettant aux novilleros de s’exprimer.

L’émotion, il y a eu en piste, dès la sortie du premier qui inflige une impressionnante voltereta à Francisco Montero venu l’attendre à Porta Gayola. Le torero de Chiclana après quelques minutes de récupération, reprend (ou plutôt commence) les hostilités par une bonne série de capotazos pour amener le toro au centre de la piste. Le José Cruz prend deux piques, ne poussant qu’à la seconde. A la muleta, il est noble mais manque de chispa. Montero enchaîne des séries à droite très appliquées, plus posés qu’à l’habitude, mais qui manquent d’émotion car le novillo ne transmet pas grand-chose. De ces muletazos ressortent les dernières passes des deux premières séries et l’ensemble de la dernière. Quand le torero prend la main gauche, le toro est allé à menos et ne passe plus. Final par manoletinas avant un pinchazo et deux tiers de lame, silence pour le torero.

Le second, le plus léger de l’envoi, reçu par chicuelinas par Tomas Rufo est juste de forces. Il prend une seule pique se défendant sans vraiment pousser. A la muleta, il est noble mais a une charge courte et manque de « personnalité ». Le jeune novillero le toréé avec application sur les deux cornes. L’ensemble est intéressant mais manque d’émotion parce que le bicho est faible et fade. Dans le cyclisme, les commentateurs diraient que Rufo avait toréé à sa main .Il dégage une impression de maîtrise et de facilité qui suscite l’admiration mais qui ne contribue pas à compenser le manque de transmission de l’animal. Ce qu’on retiendra de cette faena, c’est un pecho magnifique et que le jeune torero est mûr pour prendre l’alternative. Le public l’invite à saluer après deux pinchazos, une belle entière et deux descabellos.

Le troisième saute dans la capote de Solalito. Il prend une pique sans pousser. Le jeune nîmois réalise à l’issue de celle-ci un très joli quite avant de prendre les banderilles pour un très bon tercio Solal a fait de gros progrès avec les palos et conclura par un excellent quiebro. A la muleta, le José Cruz est noble et conjugue du piquant avec une certaine alegria. Il vient avec force quand il est sollicité, confirmant qu’il aurait du, ou au moins pu, être mis une deuxième fois en suerte au premier tiers. Solal le double et termine ces passes de début de faena par un excellent pecho. Il toréé avec beaucoup d’envie et alterne des séries où il confond un peu vitesse et précipitation et d’autres plus posées où il tire partie avec élégance des qualités de son adversaire. De l’ensemble ressortent deux séries à droite et surtout un très bel enchaînement de naturelles réalisé avec aguante et temple en milieu de faena. La première entrée à matar résulte basse et atravesada, la seconde est bien meilleure. Pétition majoritaire, le président accorde la première oreille de la tarde.

Le quatrième est quasi toro. Il met bien la tête, sur les deux cornes, dans le capote de Francisco Montero. Il prend la première pique en mettant les reins et provoque la chute du groupe équestre. Placé plus loin, il vient avec bravoure et met les reins pour pousser lors de la seconde rencontre Le novillo pouvait et devait être mis en suerte au cheval une troisième fois ne serait-ce que pour confirmer sa bravoure. Torero et Président en décide autrement. Montero prend les banderilles avec succès lors des deux premières poses. Il se fait gagner de vitesse et couper le terrain à la troisième et se fait violemment bousculer. Le José Cruz est un grand novillo. Il a de la caste, et de la noblesse avec du piquant. Très exigeant, Il ne baisse quasiment pas de rythme lors de la faena, faisant encore l’avion à ‘l’avant dernière série d’une très longue faena. Francisco Montero le toréé avec la sincérité et le courage qui le caractérisent. Il enchaîne de bons muletazos en particulier à droite mais reste en dessous du potentiel du toro. Le torero de Chiclana est pris avec violence par le José Cruz en portant avec sincérité et engagement une estocade entière qui sera concluante. Il fera un passage à l’infirmerie après avoir reçu l’oreille réclamée par le public. Vuelta amplement méritée pour un grand novillo qui aurait pu prétendre, toréé avec plus de profondeur, à une autre récompense.

Le cinquième est un colorado, le plus lourd du lot, mais à l’armure la plus fermée. Il est juste de forces, freine sa charge. Il prend un puyazo en poussant sur une seule corne. Difficile à banderiller, il inflige une impressionnante voltereta à El Santo, heureusement sans conséquence, lors de la pose de la troisième paire.
Tomas Rufo, le double genou ployé avec classe et efficacité. Le toro manque de fond mais le torero ne manque pas de technique. Rufo construit une faena, pesant et obligeant un bicho qui en avait besoin pour se livrer dans la muleta. Il alterne des muletazos autoritaires avec d’autres plus templés, plus profonds. Faena d’un très bon niveau, avec le bémol évoqué lors de sa première faena, le joven n’est plus un novillero mais c’est un déjà un matador de toros qui a besoin d’une autre opposition pour s’exprimer et progresser. Il s’engage avec sincérité pour une entière un peu basse, rapide d’effet qui lui permet de couper deux oreilles.

Le sixième est bien reçu à la cape par Solalito. Il prend un bon puyazo et fait une vuelta de campana. Le novillo en conservera une certaine faiblesse tout au long de la faena. Il est noble mais, juste de forces, manque d’alegria. Le jeune novillero, qui n’a qu’une novillada à son actif, construit avec une certaine motivation, une faena très appliquée, parfois trop, et sincère en particulier lors des dernières naturelles données de face. Final par luquesinas avant une entière basse mais efficace et le nîmois coupe sa seconde oreille de l’après-midi.
Il reste au jeune novillero à trouver un équilibre entre la précipitation de certains tandas de sa première faena et le côté parfois un peu académique de certaines de la seconde. Mais la Tour Magne ne s’est pas construite en un jour.

Fiche technique
Arènes de Mugron, novillada des Pâques Taurines reportée pour cause de COVID
6 novillos de José Cruz, bien présentés, les quatre derniers intéressants pour le torero et l’aficionado, supérieur le quatrième pour
Francisco Montero : silence, un avis et une oreille
Tomas Rufo : un avis et salut, deux oreilles
Solalito : une oreille, une oreille
Vuelta al ruedo au quatrième
Salut du ganadero invité lors de sa vuelta au sixième par Solalito
Huit piques, une chute
Cavalerie Heyral
Président : Franck Lanati
¾ de la jauge COVID
Du soleil et quelques nuages

Thierry Reboul

Voir le reportage photographique : Philippe Latour

 

Mugron (20/06/2021 - matinale) : intéressante non piquée...

De nombreuses arènes en Camargue proposent en lever de rideau des courses qu’elles organisent deux biou emboulés pour les élèves des écoles taurines. COVID et contraintes d’organisation obligent, les s mugronnais se sont inspirés de ce modèle pour maintenir la novillada non piquée qui ouvre habituellement leur journée taurine.
C’est donc en « préface » de la novillada piquée que celle-ci a eu lieu.
A l’issue du paseo, une minute de silence a été observée à la mémoire de Pierre Bats, décédé en 2019 et auquel la Peña locale n’avait pas encore pu rendre hommage.
Au programme de cette non piquée, deux erales d’Alma Serena pour Jean Baptiste Lucq et Andony Verdejo qui faisait ses débuts en costume de lumières.
Le premier novillo, chorreado, permet au deux jeunes novilleros de réaliser chacun une bonne série de capotazos. Très encasté et mobile, il accroche le banderillero Alexis Ducasse lors de la pose de la première paire. Le bicho est très noble, répète avec alegria. Jean Baptiste le double puis enchaîne une première série sur la droite. Suivent deux séries plus brouillonnes avec un désarmé ; Le novillero s’applique mais se fait parfois déborder par la caste vive de l’eral. Il termine la faena sur une bonne série à droite et coupe une oreille après une estocade entière basse.

Le second est un joli colorado applaudi à son entrée en piste. Andony le reçoit et alterne à la cape avec son collègue de l’Ecole Taurine Adour Aficion. L’eral se freine et ne se live pas complètement.
Le jeune novillero fait ses débuts en non piquée. Une fois éliminée la crispation liée au trac il fait preuve d’une planta torero certaine et tire des muletazos sincères, élégants et même profonds à un novillo qui est tout sauf un collaborateur naïf. Il y a encore du travail à faire, en particulier avec les aciers. Mais, il y a chez ce garçon quelque chose de torero qui donne envie de le revoir Il fait une vuelta chaleureusement fêtée

Fiche technique
Arènes de Mugron, novillada non piquée des Pâques Taurines, reportée pour cause de COVID
Deux erales d’Alma Serena, bien présentés, noble et encasté le premier, exigeant le second pour
Jean Baptiste Lucq (Adour Aficion) : une oreille
Andony Verdejo (Adour Aficion) :vuelta
Les deux novilleros se partagent le prix offert par l’Association des Organisateurs du Sud-Ouest
Président : Franck Lanati
400 personnes
Ciel changeant

Thierry Reboul