Aire sur Adour (19/09/2021) : Valdefresno+Canton+Gomez del Pilar, une formule qui marche...

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Salida Aire 19092021Dans le Sud-ouest il y a les chasses traditionnelles que la manifestation de Samedi à Mont de Marsan a défendues. Et puis il y a une nouvelle tradition qui s’installe .Il pleu avant et après les toros mais pas pendant.

Il a beaucoup plu à Aire ce week-end obligeant les organisateurs à annuler la tienta matinale. Il pleuvait encore à 16H45, un crachin à l’anglaise qui incite à rester au chaud. Et pourtant, après maintes palabres, la corrida a eu lieu. Le temps de refaire la piste et la course démarre avec une vingtaine de minutes de retard et en plus la pluie s’est arrêtée.
Aucun des spectateurs n’a regretté d’avoir « affronté » le froid et l’humidité. Ils ont assisté à une course entretenue grâce à un bon lot de toros de Valdefresno et trois toreros qui avaient envie (et aussi besoin) de toréer ;
Les Valdefresno de Nicolas Fraile, bien présentés et très armés, constituaient un lot partagé entre pur Atanasio et pur Lisardo. Ils ont fait leur devoir au cheval même, et c’est le seul point noir de l’après-midi, s’ils n’ont pris chacun qu’un seul puyazo. Comme souvent, après un début hésitant, ils sont allés à mas en particulier les troisième, quatrième et cinquième. Et c’est l’intérêt des toros de cet encaste, injustement en voie de disparition, c’est qu’ils sont souvent meilleurs à la fin qu’au début d’où des faenas qui « tiennent en haleine le public » en allant à mas ou plus prosaïquement dit « qui ne se termine pas en eau de boudin , faute de combattants».
Morenito de Aranda a été un chef de lidia exceptionnel ; Il a malheureusement mal tué après deux faenas appliquées et professionnelles. Bien servi au sorteo, Gomez del Pila a coupé deux fois une oreille après des faenas intéressantes. Dorian Canton, pour son troisième paseo après son alternative, a su profiter de l’excellent troisième et lui a coupé deux oreilles. Le sixième ne permettait pas grand-chose.
Bien que la piste ait été correctement refaite, les toros ont glissé à plusieurs reprises et ont parfois été gêné par le sol qui se dérobait sous leurs pattes.
Le premier, très typé Atanasio, est attendu à Porta Gayola par Morenito de Aranda. Abanto à la sortie du toril, il met bien la tête dans la cape. Bien mis en suerte, il prend un puyazo « bas ». Il chahute le cheval plus qu’il ne pousse. A la muleta, il est violent et a une charge courte. De Aranda alterne, avec application, main droite et main gauche sans que le toro ne s’améliore. Quelques effets plus artistiques dans la dernière série avant de connaître des difficultés pour tuer. Le public invite le torero de Burgos à saluer.

Le second, plus léger mais très armé, se laisse toréer à la cape. Il part seul au cheva, fait le tour du cheva (comportement caractéristique des Atanasio) et prend une pique en alternant temps de poussée et temps de défense. Bon quite par chicuelinas de Gomez del Pilar, le toro, juste de forces, glisse à plusieurs reprises à cause de l’état de la piste. Après avoir brindé au ciel, le torero l’amène au centre de la piste. Le Valdefresno est distrait, gêné par ses glissades. Il a du mal à se livrer totalement dans la passe et regarde vers les tablas. Au centre du ruedo, le toreo enchaîne quatre séries à droite, centrée et templée. Dans ce terrain, le toro est noble et s’investit dans la passe et permet à Del Pilar de toréer avec douceur et élégance. Quand le torero prend la main gauche, le bicho se rapproche des tablas ; Dans ce terrain, il est plus réservé. Del Pilar ne cherche pas à le sortir de cette querencia dans lequel il va le toréer en réduisant les distances et sur un petit périmètre. Près des planches, le toro est difficile à cadrer pour le tuer. Del Pilar s’engage pour une épée belle et efficace et coupe la première oreille de la tarde.

Dorian Canton fait ce Dimanche son troisième paseo depuis son alternative en 2019, COVID oblige. Il reçoit avec efficacité le troisième Valdefresno qui part seul au cheval et prend une bonne pique en poussant. Le jeune toréro double avec beaucoup d’autorité et débute sa faena à droite. En se croisant, il enchaîne deux séries avec sérénité, temple et une certaine élégance. Le toro a du fond. Il va aller à mas et répond avec de plus en plus de noblesse aux sollicitations du torero. Dorian prend la main gauche pour une bonne série de naturelles avant de se faire désarmer à la suivante. Si les deux premiers enchaînements sur ce piton sont du même niveau que ceux sur la corne droite, le troisième est plus heurté. Dorian reprend l’autre main pour une très bonne série élégante et dominatrice. Le toro part dans les planches, dans ce terrain il va à menos. Si les deux premières séries, à droite, sont templées et pèsent sut le toro, à gauche c’est plus difficile car le toro est devenu tardo. Final par bernadinas et pecho, Dorian s’engage pour une belle entière légèrement tombée mais très efficace. C’est en toute logique qu’il coupe les deux oreilles de cet excellent toro de Valdefresno.

Comme c’est la tradition à Aire, un hommage est rendu à Ivan Fandiño avant l’arrastre du troisième toro.

Le quatrième, bien armé, désarme Morenito de Aranda lors de sa larga de réception. Il est abanto, le torero arrive à le fixer pour une bonne série de véroniques avant de se faire à nouveau désarmer. Bien mis en suerte et bien piqué, il pousse et se défend sous le fer et reste longuement collé au peto. Il est encore abanto au début de la faena. Noble, avec du fond mais une charge un peu courte, il est doublé avec autorité par Morenito de Aranda. Le torero, appliqué et professionnel, l’embarque dans trois bonnes séries à droite. Le bicho commence à aller à mas mais regarde les planches. Il hésite entre le tissu et le bois. Morenito a du métier et il le tient au centre et là, miracle de l’encaste Atanasio, le Valdefresno se met à humilier et les deux séries finales à gauches sont supérieures. Malheureusement, de Aranda est un bon chef de lidia, un bon lidiador, un bon muletero mais un piètre tueur. Dommage car la faena valait mieux qu’un simple salut au tiers.

Le cinquième est l’archétype du toro de Lisardo Sanchez, une des deux rames d’encaste Atanasio, qui constituent la ganaderia de Valdefresno. Il humilie dès les premiers capotazos de Gomez del Pilar. Bien mis en suerte et bien piqué par Sanguesa, il pousse au contact du fer. Brindis au public, dès le début de faena, le toro vient de loin et répète. Il a beaucoup de classe mais il lui manque juste un peu de forces et de piquant. Avec lenteur, douceur et élégance, Del Pilar enchaîne quatre bonnes séries à droite. Au milieu des naturelles, mais le toro passe moins bien sur cette corne. Retour à droite, il y a de l’aguante et la classe chez le torero et l’ensemble est de qualité même si on sent que le torero a besoin d’un toro avec plus de chispa (comme l’Escolar Gil de Vic) pour mettre en lumière son toreo. Nouvelle tentative à gauche infructueuse, le torero change le bicho de terrain et il se met à mieux passer sur cette corne. Le Valdefresno se rapproche des planches, Del Pilar ne pèse pas suffisamment sur lui pour le ramener au centre et préfère réduire les distances, rester dans les tablas et s’enrouler le toro autour de lui. L’épée est habile, basse et, comme souvent, très efficace. Le madrilène s’ouvre la grande porte en coupant une oreille pour la seconde fois de la tarde.

Le dernier est un joli toro, bien armé, Abanto, il n’est pas fixé avant d’aller au cheval par Dorian Canton. Il pousse mollement sous le fer. Aux banderilles, comme la plupart des toros de cette course, il remate, faisant presque le coup de barrière comme un cocardier, après les banderilleros et manque de prendre Manolo de Los Reyes. Torée au centre, il humilie lors de la première série. Il est soso, suelto. Dorian Canton est motivé. Il s’arrime et essaie d’en tirer quelque chose. Mais le Valdefresno va à menos et, malgré les efforts du jeune torero, la faena prend le même chemin. Silence après deux pinchazos et une entière basse.

Ovation de despedida pour Morenito de Aranda, le mayoral salue avant que les deux triomphateurs du jour ne sortent à hombros.

Comme en 2019, le public, un peu plus frigorifié, sort satisfait d’une course durant laquelle il ne s’est jamais ennuyé. Même sans la présence d’une vedette comme Luque , le choix d’une ganaderia dont les toros ont de la personnalité mais savent offrir des possibilités face à des toreros qui motivés, ont besoin d’assoir leur cartel en France est une formule qui marche. Il est probable qu’elle sera reconduite en 2022, sous un soleil quasi estival espérons le.
Pour ce qui est de Dorian, il a marqué des points ce jour ; Il mérite d’être plus souvent à l’affiche, y compris avec du bétail supposé être de respect. Aire, comme elle l’a fait pour Escribano, El Fundi, Luque, et d’autres à montrer la voie, aux autres organisateurs de prendre le relais.

       


Fiche Technique : Arènes d’Aire sur Adour, corrida de la Junta des Peñas Aturines 2021.
6 toros de Valdefresno, bien présentés, très armés, les troisième , quatrième et sixième allant à mas au troisième tiers pour :

Morenito de Aranda : salut au tiers, un avis et salut au tiers
Gomez del Pilar : une oreille, une oreille
Dorian Canton : deux oreilles, silence

Salut du mayoral à l’issue de la course
Six piques
Cuadra Bonijol
Dorian Canton et Gomez del Pilar sortent en triomphe
Président : Bernard Langlade
Un quart d’arène
Météo d’automne pluvieux

Thierry Reboul

Voir le reportage photographique : Matthieu Saubion