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Eauze (09/07/2016 - tarde) : Blessure de Thomas Dufau et grand professionnalisme de Sébastien Castella...

@Philippe Latour
@Philippe Latour
Difficile d’écrire une resena quand on vient d’apprendre qu’un torero est mort cette après-midi en Espagne. J’avais eu le plaisir de voir toréer Victor Barrio quand il était novillero, il a rejoint à la barrera céleste tous ceux qui ont été les victimes de cette passion pour les toros que nous partageons tous. Qu’il repose en paix, cette resena lui est respectueusement dédiée.


Les arènes d’Eauze avaient besoin de frapper un grand coup pour redorer leur blason après quelques saisons difficiles avec des résultats artistiques moyens et des fréquentations en baisse. Comme à Saint Sever les organisateurs ont misé sur l’effet Sébastien Castella. A Eauze c’est Thomas Dufau qui lui a été adjoint. Le beau temps aidant et malgré une programmation un samedi, c’est devant des gradins convenablement garnis que s’est déroulé ce mano à mano 100% français.
La ganaderia de Banuelos a été choisie car ses produits devaient, par leur habituelle noblesse et leur capacité à collaborer avec le torero, contribuer au succès artistique de cette corrida. Si les deux premiers ont joué la partition qui était attendue, les quatre suivants par leur mansedumbre et leur complexité ont donné une toute autre dimension à cette après-midi taurine. Dimension tout d’abord dramatique avec la blessure heureusement superficielle de Thomas Dufau, Sebastien Castella a donc du tuer cinq toros et en toréer quatre. Il a du puiser dans son répertoire et ses capacités techniques résoudre les problèmes posés par les Banuelos.

Le premier, comme les cinq autres du lot, est correctement présenté. Abanto, il est aussi juste de force et est économisé au cheval (un picotazo) et aux banderilles (deux paires posées). Sebastien Castella l’entreprend en début de faena le long des planches. Le toro manque de charge, s’arrête à mi-passe. La faena est élégante mais marginale. A droite, la charge n’est pas conduite au bout ce qui accentue le défaut du toro. A gauche, trois superbes naturelles précèdent d’autres passes plus ordinaires. Retour à droite pour un final à la Castella qui accroche plus le public qu’il ne pèse sur le Banuelos. Le biterrois coupe une oreille après une épée caïda dans le rincon du grand Ordoñez, vilaine mais très rapide d’effet.

Le second est accueilli à genoux par Thomas Dufau. Il est lui aussi faible donc il sera peu piqué. Après un bon quite par chicuelinas et revolera, le torero landais brinde son toro au public. Début avec des derechazos de rodillas, le Banuelos est noble et vient de loin. Il est aussi soso et transmet peu. Dufau s’applique dans de bonnes séries à droite, à gauche le toro vient moins bien. Commencée au centre de la piste, la faena se termine dans les planches, terrain vers lequel le bicho se réfugie progressivement. De la fin de faena ressort un superbe changement de main. L’estocade est entière et en place, mais un peu lente d’effet (comme souvent les bonnes épées) ce qui n’empêche le public de demande et obtenir une oreille.

Le troisième est tardo dès sa sortie en piste. Il ne prend qu’une pique, ce qui est probablement une erreur. Le toro a du genio, il se décompose vite. Il devient vite compliqué et donne des coups de tête en fin de passes. Loin de pouvoir appliquer son modèle tauromachique, Castella doit puiser dans ses connaissances et son expérience pour toréer le Banuelos et se protéger de ses extraños. A nouveau l’épée est dans le fameux rincon, elle est à nouveau rapide d’effet. Silence pour le torero et sifflets pour le toro.

Le quatrième est le plus léger du lot. Dès sa sortie en piste, il est tardo, cherche les tablas et est distrait. Il est très difficile à fixer au moment des banderilles. C’est un manso, il manque de race et de caste. Il vient mal dans une première série à droite. Dès les premières passes à gauche, Thomas Dufau se fait prendre et doit regagner l’infirmerie pour ne plus revenir en piste. Castella liquide le toro qui est sifflé à l’arrastre.

Le cinquième a une corne gauche plus courte que l’autre. Est-ce un fait du hasard s’il est noble à droite et plus compliqué à gauche ? Il pousse bien au cheval et prend la pique la sérieuse de l’après-midi. Marco Leal salue après avoir posé deux superbes paires de banderilles. C’est le toro le plus solide et le plus mobile du lot. Le début de faena, pieds joints et immobiles, par statuaires est superbe. Contrairement à son premier toro, le torero se croise, conduit et allonge la charge du toro profitant de sa très bonne corne droite. C’est du grand Castella. Tentative à gauche, le toro vient moins bien. Retour à droite où le toro, même s’il commence à aller à menos, a encore une charge intéressante. Le torero perd, hélas, avec les aciers les trophées auxquels il avait légitimement droit Castella est appelé à saluer par le public qui lui réserve une très chaleureuse ovation.

Le sixième est faible. Il est peu piqué. Le toro serre à gauche et est surtout compliqué à droite. Castella commence sa faena par des cambiadas mais il doit revenir à un toreo plus classique et technique pour obliger le Banuelos à passer. Avec beaucoup de professionnalisme et de domination, Sébastien se croise, impose les passes au toro et prend le dessus sur lui. C’est une tauromachie de lidiador étonnante chez le biterrois, mais qui prouve qu’il a atteint un très grand degré de maturité et d’expertise. Il tue rapidement d’une épée encore caîda et coupe une seconde oreille.

A l’issue de la course, le public ovationne encore une fois très chaleureusement Sébastien Castella avant qu’il ne quitte, à pied, le ruedo.


Fiche technique :
Eauze, corrida de la Féria 2016
6 toros de Banuelos correctement présentés, inégaux de présentation pour :

Sébastien Castella : une oreille, silence, un avis et salut au tiers, une oreille
Thomas Dufau : un avis et une oreille, blessure (le toro est tué par Sebastien Castella)

Sobresaliente Jérémy Banti
6 rencontres, la plupart légères, avec la cavalerie de Philippe Heyral.
Les deux toreros sont invités à saluer à l’issue du paseo.
Le banderillero Marco Leal salue au cinquième après un très bon tercio de banderilles
7/10èmes d’arènes
Soleil et chaleur enfin au rendez vous.
Le prix du club taurin d’Eauze est attribué à Sébastien Castella.
Thomas Dufau a été blessé à l’aine et au visage de façon heureusement superficielle.

Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Philippe Latour