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Mont-de-Marsan (21/07/2016) : Ponce domine, Dufau se surpasse et Manzanares plait...

@Roland Costedoat
@Roland Costedoat
Les arènes du Plumaçon étaient remplies ce jeudi pour la deuxième corrida des Fêtes de la Madeleine. Au programme deux monstres sacrés, Ponce et Manzanares), un torero qui jouait gros sur cette course (Thomas Dufau) et des toros habituellement propices au succès.

Côté toros, le bilan est mitigé. Mieux présentés que les Alcurrucen d’hier, Les Nuñez del Cuvillo ont fait preuve de noblesse. De la noblesse, certes, mais une noblesse soumise qui pouvait friser parfois la soseria d’autant que la plupart des toros ont été justes de forces. Poussant parfois sous la première pique, ils ont pris la seconde pour la forme à l’exception du premier qui est allé trois fois au cheval.
Manzanares est sorti en triomphe après avoir coupé deux oreilles à son premier. Thomas Dufau a réalisé une grande faena au troisième mais il a perdu la seconde oreille à l’épée.
Ponce, très détaché et relâché, s’est fait plaisir en toréant son second opposant tout en donnant à ces deux collègues de cartel une très grande leçon de lidia.

Il y a entre Ponce et les arènes de Dax et de Mont de Marsan, une vraie histoire d’amour. Le torero de Chiva est appelé à saluer à l’issue du paseo, il associe à cet hommage ses deux collègues.
Son premier opposant est un toro gordito, bien armé qui remate fort aux planches à sa sortie. Il ne baisse pas la tête dans la muleta. Le toro prend trois piques sans vraiment pousser. Il a une charge courte avec un coup de tête. Enrique Ponce doit le toréer à mi hauteur parce qu’il est faible et qu’il ne vaut pas humilier dans la muleta. Le torero « roule » petit braquet. Il ne se croise pas, tire le toro sans baisser la muleta. Le bicho devient tardo, charge sans conviction, et s’arrête à mi passe. La faena baisse de ton et se termine par une entière tombée après un pinchazo. L’arrastre est sifflée.

Le second est lui aussi gordito mais il est aussi très bien armé. Il prend une première bonne pique en poussant puis un picotazo. La première série de Manzanares est interrompue par manque de charge du toro. Faible, il tombe si on lui présente la muleta par le bas. Le torero d’Alicante se croise pour une bonne série, le toro chute sur le remate. Il s’en suit une faena où la plastique du torero est mise en valeur. Faena entrecoupée de trop de temps de respiration, les séries sont courtes. Le toro transmet peu car faible et soso. Seules les attitudes du torero et l’accompagnement musical de l’Orchestre Montois donnent du relief à la faena. Comme d’habitude, Manzanares met un énorme coup d’épée qui à lui seul mérite une oreille mais pas les deux accordées généreusement par la présidente.

Thomas joue gros à chaque corrida de cette temporada. Entre blessures et contreperformances, le début de saison du landais n’est pas à la hauteur de ses espérances. Il doit sortir le grand jeu, chez lui, au Plumaçon. C’est à Porta Gayola qu’il attend son premier adversaire. Le toro est quelconque au cheval. Ponce lui fait un superbe quite par chicuelinas, histoire de mettre encore plus la pression à son jeune collègue. Dufau répond par un quite par chicuelinas et tafalleras. Le français va réaliser par la suite ce qui est la meilleure faena de sa carrière profitant de la noblesse du Nuñez del Cuvillo. Il cite de loin pour de très belles cambiadas, puis il embarque le toro dans des séries à droite en se croisant, templant et toréant avec relâchement. A gauche, ni le torero, ni le toro ne sont à l’aise. Le final de la faena par toreo inversé, changement de main et pecho est superbe. Soutenu par le public, Thomas Dufau s’engage à l’épée. Malheureusement, il pinche à deux reprises avant de placer une bonne estocade entière. Il coupe une oreille largement méritée. Le mouchoir bleu pour le toro est surprenant compte tenu du premier tiers et de la soseria du bicho.

Le quatrième est le plus léger du lot. Discret au cheval, il sort seul de la seconde pique.
Enrique Ponce le double genoux ployés. Il torée en se croisant, ce qui est rare chez lui, dès le début de la faena. Il fait aller à mas, un bicho qui s’arrêtait à mi charge .Progressivement, le toro se rend à droite et il passe de mieux en mieux. La faena s’éternise, jusqu’à entendre un premier avis avant d’avoir pris la véritable épée. C’est en partie parce que Ponce prend du plaisir à toréer. Mais c’est surtout parce qu’il veut soumettre aussi le Nuñez del Cuvillo sur la corne gauche. La première tentative au tiers de la faena est un échec. Il revient à droite sans avoir fait une passe. Une deuxième tentative, aux deux tiers du parcours, lui permet de réaliser quelques naturelles. Une fois, le toro totalement dominé, Ponce revient à gauche pour une série splendide , frôlant ou même dépassant la perfection. Le valenciano vient de donner à ses deux collègues, et au public, une leçon de lidia. C’est moins élégant, maniéré ou artistique que le toreo de Manzanares, mais c’est du grand art tauromachique. Après un pinchazo, Ponce place une entière tombée qui touche un poumon. La mort du toro est longue et spectaculaire sans qu’il soit vraiment possible d’identifier s’il s’agit de bravoure ou de l’effet de l’hémorragie. La présidente accorde une oreille, j’en aurai accordé sans hésiter deux.

La corrida va aller à menos. Le cinquième pousse sous une première pique avant de prendre un picotazo. Les banderilleros saluent au deuxième tiers. Le toro est faible et soso .Manzanares joue à nouveau son répertoire, mais cette fois, cela sonne creux parce que le toro tombe et ne transmet aucune émotion. Ce qui sauve la faena, c’est un nouveau magistral coup d’épée.

Thomas Dufau revient en piste décidé à triompher à nouveau. Le toro est discret lui aussi au cheval. Le français essaie de lancer sa faena en la débutant à genoux. Hélas pour lui, le toro est faible et manque de race et va très vite aller à menos. La faena est fade par la faute du bicho. Le final trémendiste lui donne un peu de relief avant une bonne estocade portée en s’engageant.

Fiche technique :
Arènes de Mont de Marsan, deuxième corrida des Fêtes de la Madeleine
6 toros de Nuñez del Cuvillo nobles mais justes de force voire, certains faibles, pour

Enrique Ponce : silence, deux avis et une oreille
José Maria Manzanares : deux oreilles, salut
Thomas Dufau : un avis et oreille, silence

Vuelta au troisième
Salut des banderilleros au cinquième
Ciel couvert, lumière artificielle au dernier
Lleno

Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Roland Costedoat