Dax (14/08/2016 - tarde) : Décevante corrida de Pedraza de Yeltès...

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@Roland Costedoat
@Roland Costedoat
Les Pedrazas de Yeltès étaient très attendus à Dax après leurs sorties « triomphales » de 2015 et 2016. Les aficionados étaient dans le doute compte tenu des deux échecs de cet élevage à Madrid et Pampelune. Malheureusement la mauvaise passe que traverse cette ganaderia semble se confirmer. Bien présentés, dans le type de l’encaste à l’exception du cinquième, ils ont fait preuve d’une certaine bravoure au cheval mais ont manqué de fond au troisième tiers.

Ce type de toros permet de redonner ses lettres de noblesse au premier tiers, à condition de ne pas oublier que ce tercio est intégré dans une lidia. Piquer pour le spectacle n’a pas de sens. Si on place loin un bicho manso, le piquero arrivera à le faire partir mais cela risque d’être interminable et ce sera au détriment de la suite de la lidia. De plus cela n’apportera rien à la lecture du comportement de l’animal. De plus on ne peut pas demander à un toro de venir trois fois au cheval si on l’épuise à la première. Le châtiment, si on veut mettre en évidence la bravoure du toro, doit être dosé. Il en va de l’authenticité et de la pérennité du tercio de varas.

Le tambour major, applaudi à sa sortie en piste, est tardo et abanto. Il est bien piqué mais ne pousse pas lors de ces deux rencontres avec la cavalerie. Rafaelillo le brinde au public. La faena débute par le haut. Le toro est noble mais est faible et a une charge courte. Le torero en profite pour réaliser deux bonnes séries à droite. A mi faena, le Pedraza commence à regarder vers les planches. Le torero se croise moins sur les séries suivantes, le toro allant à menos. Le final par redondos pèse sur le public et permet au torero de couper une oreille après un pinchazo hondo et une entière un peu en avant.

Le second, bien présenté, est lui aussi tardo. Il prend trois bonnes piques en poussant et fait chuter le groupe équestre. Le picador est applaudi. Joselito Adame le double avec autorité avant une bonne série à droite. Le toro fléchit à la troisième passe. Les séries suivantes, même si le torero allonge la passe, resteront profilées. Le toro manque d’énergie, finit par être soso, puis s’éteint. La faena va à menos. Silence pour le torero après une entière de côté qui nécessite le recours au descabello.

Le troisième, estampe de toro, baisse bien la tête et semble faible dès les premières passes de cape. Il prend deux piques en poussant. La présidence et le torero, trompés par une faiblesse apparente, changent le tercio. Le toro se reprend. Dangereux à gauche, il met en difficulté les banderilleros. Il arrive à la muleta gazapon, accrocheur. Il commence par déborder le torero. Il lui manque une pique. Juan del Alamo a du mal à poser sa tauromachie et a du mal à canaliser l’agressivité du toro. A force de courage et d’insistance, il reprendra partiellement le dessus et arrache une bonne série à droite. Le Pedraza devient de plus en plus compliqué et se décompose. Le matador, indisposé par la chaleur, doit prendre un temps de repos pour se rafraichir. Il enlève la chaquetilla et met fin au débat d’une entière tombée.

Le quatrième est un joli toro, bien fait. Il prend deux bonnes piques en poussant et en désarçonnant Juan José Esquivel .Le toro est tardo, il a peu de charge malgré son fond de bravoure. Rafaelillo veut changer le tercio. Il cède à la pression populaire et remet le toro en place pour une troisième et un quatrième pique. Ces deux piques sont en trop. Le bicho manque de force. Il n’est pas brave et le torero piégé par l’envie de plaire au public le place beaucoup trop loin et pas en face du picador. Le toro ne démarre que parce que Esquivel est un très grand professionnel. A force d’insister, il fait venir le toro pour deux rencontres qui font se lever le public mais qui n’apportent rien de positif à la lidia. Le public est debout, mais le toro est moralement et physiquement vidé. Il se garde, ne charge pas aux banderilles. Il ne vient que contraint et forcé dans la muleta. Très vite, il se comporte comme un toro qui vient d’être estoqué ; Il se couche à plusieurs reprises et doit être puntillé sans être estoqué. Public, torero et présidence ont leur part de responsabilité dans ce qui est un non sens tauromachique. Chacun doit rester à sa place. Le public ne doit pas s’improviser torero en décidant du nombre de piques et de l’endroit où elles doivent être données.

Le cinquième est fuera de typo. Il a une morphologie qui fait penser à celle d’un toro de Garcigrande. Il en a le comportement. Il prend une pique et un picotazo. A la muleta, il est tardo et noble. Adame est très marginale. Sa tauromachie décousue ne permet de créer l’émotion que ne transmet pas un toro presque soso. De plus il tue mal, silence pour les deux protagonistes.

Retour au type originel des Pedrazas avec le sixième qui prend trois piques en marchant et sans vraiment pousser. Ce type de toro ne se livre vraiment que si on lui fait baisser la tête, encore faut il qu’il ne soit pas faible. Juan del Alamo, après de bon doblones, fait humilier le toro et donne les meilleurs muletazos de l’après-midi. Le toro manque de force et, lui aussi, transmet peu. La faena est « propre » mais manque d’émotion. Après un pinchazo, le torero place une bonne entière. Le toro résiste longuement et le torero entend deux avis avant que le bicho ne tombe.

Ainsi s’achève une tarde décevante. Au ganadero de se poser les bonnes questions, mais aussi au public de se remettre en question. Le tercio de piques est un moment essentiel de la corrida, mais il n’a de sens que s’il contribue à la lidia du toro. Il ne saurait en aucun cas, se suffire à lui même, ni être la cause de l’absence de troisième tiers.

Fiche technique :
Arènes de Dax, quatrième corrida de la Féria.
6 toros de Pedraza de Yeltès, très bien présentés, braves au cheval, faibles, nobles mais manquant de fond pour :

Rafaelillo : une oreille, le quatrième toro doit être puntillé en cours de faena sans être estoqué.
Joselito Adame : silence, silence avec un avis
Juan del Alamo : silence, silence avec deux avis

Dix sept piques, deux chutes
Juan José Esquivel est ovationné après avoir piqué le quatrième et salue après la mort du toro.
Poids des toros : 630, 585, 600, 570, 550, 585
Président : Franck Lanati
Lleno
Chaleur caniculaire

Therry Reboul