Mont-de-Marsan (01/10/2016) : Triomphe d’Emilio de Justo face aux Victorinos...

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@Roland Costedoat
@Roland Costedoat
Journée de mobilisation à Mont de Marsan où chasseurs, agriculteurs, éleveurs et aficionados se sont réunis sur le parvis des arènes. Ils ont ainsi exprimé leur attachement à toutes ces cultures et renvoyer dans leurs 22, animalistes et autres vegans. Côté aficionados, c’est André Viard qui s’est fait notre parole se taillant une jolie part de succès grâce à verve et son sens du discours.

Le meilleur moyen de résister étant de faire courir des toros, une corrida était organisée dans les arènes du Plumaçon. Organisée par la Peña Saint Jean de Saint Sever, cette « Victorinade » a été délocalisée dans la préfecture suite à un problème entre cette association taurine et la mairie du Cap de Gascogne. Les gascons aimant les discours et remercier leurs amis, un hommage a été rendu à Victorino père et fils avant la remise d’un cadeau que l’on suppose être très couleur locale. Le paseo pouvait s’ébranler avec le quart d’heure de retard traditionnel en Gascogne.
Très correctement présentés, bien armés et plus dans le type que l’an passé à Saint Sever, les pupilles des « sorciers de Galapagar » ont livré des peleas intéressantes. Moyens au cheval, ils ont pris quatorze piques sans beaucoup pousser mais sans sortir seuls du cheval. A la muleta, ils ont fait preuve de noblesse avec un peu de piquant, le meilleur étant le sixième avec une très bonne corne gauche. Tous ont permis aux toreros qui en avaient envie de se mettre en avant. El Cid est resté à « l’arrière plan », il est passé à côté du quatrième. Emilio de Justo a été une découverte pour beaucoup d’aficionados présents. Il a su profiter de son premier toro pour construire une faena, essentiellement droitière, très sincère et même élégante.
Je persiste à croire qu’Alberto Lamelas est un torero artiste contraint par la nécessité à toréer des corridas dures. Il a réalisé sur la bonne corne gauche de très belles séries de naturelles.
Pour marquer le lien entre les tauromachies landaise et espagnole, tous les toros ont été écartés par Baptiste Bordes. Le meilleur écart est sans conteste le premier, très près des cornes, le torero landais est passé près de l’accrochage.
Au palco, un vieux de la vieille en la personne du vicois Marcel Garzelli et deux jeunes assesseurs Messieurs Lucasson et Blain. C’est cela aussi transmettre le flambeau.

Le premier est faible. Il vient bien au cheval mais ne pousse pas. A la muleta, il est noblote. El Cid l’entreprend sur les deux cornes, mais la charge est courte et le toro s’éteint rapidement. La faena manque naturellement de transmission. Le torero de Salteras abrège et tue mal, silence pour le torero et quelques sifflets pour le toro.

Le deuxième prend deux piques, la première en poussant et la seconde sans s’investir. Emilio de Justo avait laissé une bonne impression à Orthez. Il la confirmera tout au long de sa faena face à un Victorino noble mais pas naïf. Le protégé de Luisito prend le dessus sur son adversaire grâce à deux bonnes séries de derechazos. Tardo en début de faena, le bicho s’améliore et le torero l’embarque dans des séries courtes mais croisées et templées à droite. C’est plus compliqué sur la corne gauche. Le torero revient sur l’autre main et s’engage avec beaucoup de sincérité pour une entière légèrement tombée qui foudroie le Victorino. Deux oreilles et la vuelta du torero est fêtée par un public agréablement surpris des possibilités de ce torero.

Le troisième prend trois piques en s’endormant dans le peto. Alberto Lamelas est le chouchou de l’Aficion gasconne. Il déçoit beaucoup ses supporters face à un toro certes compliqué, mais bien moins que d’autres toros affrontés par le torero de Cortijos Nuevos.
Il recule à chaque passe perdant du terrain à chaque fois. Il y a de l’émotion et parfois du trémendisme dans la faena, mais il manque le dominio pour améliorer un manso con casta. Lamelas n’insiste pas sur la corne gauche, compliquée. Il salue après une entière en avant, tombée mais efficace.

Le quatrième prend lui aussi deux piques sans pousser. Il est noble, part de loin au début de la faena. El Cid toréé joliment mais sans s’engager. Quand le toro à mi-parcours baisse de ton, l’ennui gagne les gradins au vu d’une faena très superficielle. Malgré son expérience, le torero tue très mal et quittera le Plumaçon après deux silences.

A nouveau deux rencontres sans pousser au cinquième, De Justo l’oblige bien sur la corne droite. Les séries sont courtes mais croisées et templées. Pas grand-chose à gauche, où le toro se livre moins. On semble partie sur les mêmes bases qu’au second, mais le Victorino va à menos et la faena aussi. Emilio fait une vuelta après une mete y saca et une estocade touts les deux basses.

Le sixième prendra trois piques mettant les reins à la première et subissant les deux suivantes. A la muleta, il a de la personnalité. Alberto Lamelas recule à nouveau lors de la première série. Puis il trouve le sitio, laisse la muleta sous le mufle du toro. Il enchaîne de très belles séries de naturelles faisant montre de sa sincérité habituelle mais aussi d’un vrai sens artistique. Il toréé à gusto, mais, comme souvent, il allonge trop la faena. Le toro éteint, le soufflet retombe un peu. Lamelas coupe une oreille après une estocade tombée et un descabello.

Emilio de Justo sort en triomphe accompagné de Baptiste Bordes. Alberto Lamelas est très applaudi en quittant le ruedo.


Fiche technique.
Arènes de Mont de Marsan, corrida délocalisée organisée par la Peña Saint Jean de Saint Sever
6 toros de Victorino Martin correctement présentés et donnant du jeu pour :

El Cid : silence, un avis et silence
Emilio de Justo : deux oreilles, vuelta
Alberto Lamelas : salut, un avis et une oreille

Tous les toros ont été écartés par Baptiste Bordes à leur entrée en piste.
Quatorze piques, cavalerie Bonijol
Sortie à hombros d’Emilio de Justo et Baptiste Bordes
Président : Marcel Garzelli
Demi-arène
Temps automnal, mais la pluie s’est arrêtée avant le paseo.
Durée de la corrida : deux heures trente

Thierry Reboul