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Alma Serena, la rigueur et le bon sens faits ganaderos...

©Philippe Latour
©Philippe Latour
Retour à Saint Sever pour ce troisième volet de la série des reportages consacrés aux ganaderias du sud-ouest, c’est à la ganaderia Alma Serena, propriété de Pierre et Philippe Bats, que nous avons rendu visite.

 

Au début étaient les « Murube »
Les deux frères par aficion se lancent dans l’élevage en 1998. Ils ont acheté des vaches et étalon dans le Berry. Et pourtant, c’est du bétail brave qu’ils ont ramené sur leurs terres à Cauna près de la capitale du Cap de Gascogne. Pierre et Philippe ont été mis en relation par l’ex torero à cheval et ganadero Roland Durand avec les frères Peralta. Les deux anciens membres des cavaliers de l’apothéose possédaient une ganaderia Viento Verde d’encaste Murube x Contreras. Pour ne pas avoir à subir les périodes de sécheresse andalouse, une partie du bétail avait été délocalisé dans la campagne berrichonne. Du pays du pâté berrichon à celui du foie gras il n’y a eu que quelques heures de camion pour les 35 vaches et le semental qui vont constituer les fondations de la ganaderia Alma Serena.
Les premiers erales sortent en 2001 à Aire. Pendant trois ans les Alma Serena sortent compliqués avec un piquant qui ne convient pas aux non piquées. Ils manquent de régularité.
En 2004 dix vaches et un semental sont achetés à Pepe Murube. Les produits obtenus après cet apport gagnent en régularité et sont plus abordables. Les éleveurs souhaitent effectuer de nouveaux achats de bétail pour structurer leur cheptel mais l’épidémie de la langue bleue va rendre impossible la réalisation de ce projet. Ils mettent à profit ce contretemps pour faire le bilan de cette première expérience et décident d’éliminer l’encaste Murube dont la baisse en nombre et en qualité en Espagne rend difficile l’achat de vaches et surtout l’acquisition ou la location de sementales.

Puis vinrent les « Pericalvo de Miranda »
En 2008 Roland Durand met en contact Pierre et Philippe avec les propriétaires de la ganaderia Miranda de Pericalvo (origine Juan Pedro Domecq-Daniel Ruiz-El Torréon). Ils achètent des vaches et des étalons de cet élevage et recommencent leur travail de sélection. Cette origine produit des erales bas, bien fait avec du piquant, de la noblesse et de la fixité tout en restant toréables. L’alchimie prend bien et l’élevage gascon connait de nombreux succès. En 2010 et 2011, il remporte le prix décerné au meilleur lot des non piqués de Bayonne. Par deux fois les frères Bats reçoivent le prix du meilleur lot décerné par les chroniqueurs taurins du Sud-ouest et deux fois celui des clubs taurins Paul Ricard.
Les éleveurs vont à nouveau se heurter à une difficulté. La ganaderia Miranda de Pericalvo décline. Elle n’offre plus la même garantie de qualité et aujourd’hui, les produits des deux élevages français (Cuillé et Alma Serena) issus de cette souche sont bien meilleurs que ceux de la maison mère. Se posent le problème d’achats de nouvelles bêtes pour accroitre le cheptel et en rafraichir le sang. Aujourd’hui sur la souche Miranda, les ganaderos commencent à créer des lignées avec les vaches qu’ils conservent en tienta. Mais la sélection est drastique car l’élevage est encore en phase de stabilisation et une lignée n’est validée que si elle a généré trois erales ou vaches très bien noté. Il faut donc acheter du bétail à l’extérieur dans cette phase de croissance et de structuration Se pose aussi la problématique du renouvellement des sementales. Ce sont deux novillos de Garcigrande qui ont rejoint les vaches d’Alma Serena.

Et enfin les « Luis Algarra »
Reste à agrandir le troupeau sans altérer l’image de qualité qui est celle aujourd’hui d’Alma Serena. Pierre et Philippe décident d’intégrer, en 2013, une nouvelle souche et achètent vingt vaches et un reproducteur à la ganaderia Luis Algarra (origine Juan Pedro Domecq).
Les premiers produits sortent en 2016 à Mugron. Les résultats de cette première année sont très mitigés. Les vaches achetées et leurs filles ont de la race et un comportement satisfaisant. Les erales manquent de fond et sont très hétérogènes. Les ganaderos décident d’éliminer le semental à la fin de la temporada. Ils sont aujourd’hui en recherche d’une solution qui doit offrir le maximum de garantie avec un coût minimum.


Evolution et équilibre économique de la ganaderia
Les frères Bats sont des gens très pragmatiques. Ils sont en « formation continue ». Ils apprennent chaque jour de leurs erreurs.
Ils sont aussi clairs dans leur tête quant au management de la ganaderia. A la traditionnelle question sur le passage en piquée, ils répondent avec beaucoup de lucidité. Pour eux, c’est trop tôt. Ils sont en phase de stabilisation et de création des « familles ». Si on sort une piquée ce ne doit pas être une opération spot. Il faut être capable de la renouveler. C’est ce qui est compliqué compte tenu de la taille et de la faible ancienneté de l’élevage.
Aujourd’hui les ganaderos d’Alma Serena se concentrent sur les non piquées. Ils ont sur les prés soixante vaches et trois sementales (Garcigrande et Miranda de Pericalvo) .
Ils produisent une vingtaine d’erales chaque année qu’ils vendent en totalité pour les non piquées du Sud-Ouest, l’entraînement de toreros et celui de l’Ecole taurine Adour Aficion située à quelques encablures de la ganaderia. Ils gardent toujours un novillo pour en faire sobrero pour les novilladas du Sud-Ouest. C’est ainsi qu’est sorti un Miranda de Pericalvo, il y a quelques années à Garlin, en substitution d’un Hoyo de la Gitana.
La ganaderia est pour les deux frères une passion. Ce n’est pas leur activité principale
Ils sont agriculteurs, producteurs de maïs. Ils ont également une entreprise qui assure la majorité des transports de toros bravos de la région Sud-ouest.
Ils équilibrent les comptes avec la vente des bichos (une vingtaine par an) et leur « investissement personnel ».
Contrairement à d’autres, ils ne souhaitent pas développer l’accueil de groupe. Ils se contentent d’accueillir quelques journées entre aficionados de verdad. Et cela convient à leur tempérament et à leur conception de leur métier de ganaderos.
Elever des toros de combat n’est pas une activité lucrative mais une gestion commerciale et économique adaptée permet d’en minimiser les pertes et de pouvoir profiter au quotidien de la magie du campo.
Pierre et Philippe, de part leur métier d’agriculteur » sont des gens simples et surtout très pragmatiques. Ils mènent la ganaderia avec beaucoup de rigueur, analysant chaque échec et chaque réussite et corrigent le tir tout en restant dans leur ligne de conduite « fournir en non piquée un bétail régulier, sérieux et qui permet aux jeunes toreros d’apprendre leur métier ».
Il leur faudra un jour prendre un petit risque et « risquer » l’expérience à l’étage supérieur. La qualité des produits de la rame Miranda de Pericalvo devrait les y inciter.
En attendant plusieurs erales sont vendus pour la temporada 2017. Les deux premiers sortiront en fiesta campera à Maurrin, le 11 février. Ils permettront au novillero local Antoine Madier de se préparer pour son début de saison à Arzacq.

D’autres sorties seront bientôt annoncées en attendant 2019 avec les premiers produits des deux nouveaux sementales.

Thierry Reboul



Voir le reportage photographique : Philippe Latour