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Un samedi d'hiver, à La Belugue...

©ElTico
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Cela fait maintenant bien longtemps que la tête naturalisée de "Pescaluno", a rejoint celles de "Montenegro", "Faraman", "Montecristo" et autre "Carabin" dans la Bergerie. L'un des plus fameux sementales de la ganaderia, le novillo n°964 gracié le 21 juillet 2002 dans les arènes de Lunel par Emilio Laserna, est mort dans les sansouïres et les enganes à quelques pas de là, il y a quelques années.

L'ombre du Maître des lieux plâne toujours sur ce fameux "Mas de la Belugue", chargé d'Histoire, à deux pas de l'étang de Vaccarès et de ses légendes. A 87 ans, Hubert Yonnet a quitté ses terres de Camargue en 2014 et c'est désormais sa petite fille Charlotte qui, fidèle à la devise familiale, “Je maintiendrai”, fait briller l'étincelle.
En ce samedi d'avant "vague de froid", c'est jour de marquage à "La Belugue". Soixante quatorze anojos et anojas des deux fers, "Héritiers de Hubert Yonnet" et "Héritiers de Christophe Yonnet", vont recevoir leur marque à feu. Charlotte ne laisse ce soin à personne. Pourtant, ils sont nombreux, les amis et les fidèles de la devise verte et blanche, à avoir déserté leur douillet intérieur pour donner malgré le Mistral déjà piquant, un coup de main à la jeune ganadera et à sa mère, Quinquin, déjà en charge de l'élevage créé par son défunt mari Christophe Yonnet en 1989. Chacun a sa mission. Mais c'est Charlotte qui manie les marques. Porter un patronyme aussi prestigieux implique que l'on ne fasse aucune concession à la Tradition. Seul manque à l'appel "Dédé" Chaumier. Lui aussi a quitté le monde des taureaux auquel il avait consacré son existence à l'âge de 67 ans, en novembre dernier. "Il était là tous les jours, depuis toujours", nous confie "Quinquin". "Sans lui, nous n'y serions pas arrivées après le décès de mon grand'père", confirme Charlotte. Autour du feu comme autour de la caisse, tous ont une pensée pour lui.
Derrière le Mas, douze toros. "Pour une corrida", précise Quinquin, "Car nous en avons déjà perdus. Ils se battent beaucoup...". L'un d'entre eux sera lidié lors de la corrida de competencia de la Feria de la Crau, le 29 avril. Pour les autres, on ne sait pas. "L'an passé, on a fait lidier deux corridas. Celle de Saint-Martin de Crau était très intéressante mais on n'a pas pu bien la voir en raison du vent violent qui soufflait ce jour là. Celle de Mimizan était noble, parfaite pour le torero mais manquait de force. L'impression est donc plutôt positive."
A l'écart, dans le manège, quatre jeunes élèves de l'Ecole Taurine d'Arles s'entraînent de salón sous les yeux de leur Directeur, Tino Lopes.
Bientôt, l'odeur des saucisses grillées remplacera celle du cuir.
Ainsi s'achèvera ce samedi d'hiver, à La Belugue...

 

Laurent Deloye ElTico

 


Voir le reportage photographique : ElTico