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Saint Perdon (27/08/2017) : Il a fallu attendre le dernier pour voir un rayon de soleil...

©Philippe Latour
©Philippe Latour
Dans la série des dates rituelles du Sud-Ouest, le dernier dimanche d’Août correspond à la novillada de Saint Perdon. Cette novillada est depuis le trentième anniversaire de la Peña, un novillada concours. Elle se déroule, les arènes de Saint Perdon ayant été détruite par un incendie, au Plumaçon à Mont de Marsan.


Cette année les organisateurs ont décidé de mettre en confrontation six ganaderas dont trois sont d’origine Santa Coloma et trois autres d’origine Domecq. Cette édition 2017 a été globalement décevante côté bétail. La plupart des toros étaient dans le type de leur encaste mais manquait globalement de tête. Certaines cornes ont éclaté lors des chocs contre les burladeros. Le physique est une chose mais c’est surtout le moral qui fait un vainqueur de corridas concours. Et là, seul le dernier novillo de la ganaderia navarraise El Pincha, le mieux présenté de la course, a eu le comportement attendu d’un bicho en corrida concours. Il est probable que le ganadero, qui veut rentrer sur le marché français, a fait ce qu’il fallait pour sélectionner et préparer un novillo digne de ce type de course.
Le plus décevant en présentation a été le Pedraza de Yeltès. Léger, avacado, très pauvre de tête et très naïf, il s’est comporté plus en eral qu’en utrero.
Le Valdellan a fait illusion à la pique mais s’est, par la suite, complètement décomposé.
Une des difficultés de la novillada concours par rapport à la corrida, c’est le manque de métiers des toreros. Il y a eu très peu de mises en suerte convenables, à part celle de Tibo Garcia et le piquero de Jorge Isiegas nous a gratifié d’un carioca carabinée sur une pique donnée hors sitio et sans mise en suerte, cherchez l’erreur.
Le temps orageux avec de la pluie du second novillo au cinquième a plus perturbé la taquilla que la lidia.

Le premier, Pinzon n° 8, de Celestino Cuadri est dans le type de l’encaste. Il est correctement présenté, son armure, courante dans cet élevage, est commode. Il s’abime dès son entrée en piste une corne contre un burladero. A la cape, il est noble. Il est mal mis en suerte, et prend une pique dans l’épaule en poussant sans conviction. Bien placé par le torero, il tarde à partir à la seconde. La pique est bien administrée mais le Cuadri, faible, ne pousse quasiment pas. A la muleta, il est tardo et manque de charge. Diego Carretero le double et se fait accrocher la muleta. S’il humilie un peu à gauche, le novillo se défend plus qu’il n’attaque et s’arrête à mi-passe. Il manque de race et de moral et la faena tourne court, non sans que le torero ne se soit une nouvelle fois fait désarmer. Le torero d’Hellin doit recourir au descabello après 9/10èmes de lame en avant. Silence pour le torero et quelques sifflets pour l’arrastre.

Le second, Cantador n°12 d’Escolar Gil est lui aussi dans le type de l’élevage. Il met bien la tête dans la cape mais est juste de force. Il est mal mis en suerte à la première rencontre. Il ne pousse pas et s’endort sous le fer. En second lieu, il vient au pas du centre, la rencontre se limite à un picotazo. Morenito d’Arles est invité à saluer après un bon tercio de banderilles. A la muleta, le novillo est gazapon. Il a une charge courte et incertaine. Il est dangereux à gauche. Jorge Isiegas s’arrime et arrache quelques passes isolées à un bicho distrait et de peu de race. La faena va très vite, comme le toro, à menos. L’Escolar, distrait par un bruit dans le callejon, a un extraño et la première entrée à matar se transforme en mete y saca. La deuxième, entière contraire en arrière, est rapide d’effet. Silence pour les deux protagonistes. *

Le troisième, Buenastarde n° 11 de Valdellan est dans le style de l’encaste. Il a peu de tête, ce qui est fréquent dans cette ganaderia. A la cape, il est noble, a un peu plus de gaz que les deux précédents. Tibo Garcia le met bien en suerte. Bien piqué par Gabin Rehabi, il pousse avec conviction. A la seconde, il part du milieu, s’approche du cheval au pas. La pique est moins bien placée et le cheval recule sous la pression d’un toro qui s’investit moins qu’à la première. La troisième est un picotazo dont le Valdellan sort seul. Le toro, qui a donné l’illusion de la bravoure à la première charge est allé à menos lors du premier tercio. Tibo brinde au public. Il double près des planches. Il se découvre et est spectaculairement bousculé. Le provençal, avec abnégation tire quelques muletazos à un novillo qui se décompose très vite. colle le torero et montre une forte attirance pour les tablas. Après un pinchazo Tibo l’expédie de 2/3 de lame en avant un peu long à faire effet. Silence pour le torero et quelques applaudissements discutables pour le novillo.

Le quatrième, Tañidero n°36 de Virgen Maria ressemble aux novillos qui ont enchanté la novillada des Fêtes de la Madeleine 2016. Lui aussi s’abîme une corne en tapant contre un burladero. Diego Carretero a du mal à le mettre en suerte. Il prend deux piques sans conviction et sans style. Le début de faena par le haut permet de maintenir le novillo qui est juste de forces. Il se défend à chaque passe, manque de fond. Il va très vite à menos et ne charge quasiment plus à la quatrième série. Le novillero dépité, abrège la faena. Après un pinchazo, il s engage avec sincérité pour un entière légèrement tombée qui sera suffisante.

Le cinquième, n°46 de Pedraza de Yeltès sera la déception du jour. Haut, maigre, très pauvre de tête, il est avacado et est protesté à son entrée en piste. Il prend une pique carioquée indigne d’une corrida concours sans être mis en suerte et hors sitio. Pas plus mis en suerte, il ne pousse pas à la seconde et prend un picotazo à la troisième. Isiegas commence sa faena par une cambiada maladroite. Trop lent dans l’exécution, il s’envoie le toro dessus et se fait, lui aussi, spectaculairement secoué. Le Pedraza est noble. Pas de la noblesse de ceux sortis à Dax, mais de celle d’un eral qui se livre avec naïveté. Jorge en profite pour enchaîner quelques bons muletazos d’autant que l’utrero pardonne quasiment toutes les erreurs ou maladresses. On est loin de ce que l’on attend d’une faena à un novillo en novillada concours. Au bout de quelques séries, le torero de Saragosse a épuisé son répertoire et la faena, comme le toro, va à menos. Il tue d’une entière en avant après quatre pinchazos. L’arrastre est applaudie (sic transit gloria mundi) et silence pour le novillero.

Le sixième, Rascatripas n°30 de la ganaderia El Pincha est le mieux fait et le mieux armé des six novillos du jour. Il humilie et se donne dans le capote de Tibo Garcia. Le novillero, comme à son premier, fait l’effort de mettre en suerte le bicho qui prend deux piques, traseras, en mettant les reins. Il est à nouveau présenté au cheval pour une pique donnée avec la pique de tienta ce qui est une hérésie et encore plus en novillada concours. La pique de tienta ne doit être utilisée que pour mettre en valeur un toro d’exception. En concours prendre trois piques, c’est juste être un toro susceptible de gagner le prix. A quand la pique de tienta à la première rencontre pour économiser un toro faible ? Hormis cette remarque des six candidats, c’est ce novillo d’El Pincha qui a fourni la meilleure prestation au cheval. A la muleta, il a une corne droite intéressante. Aidé par Tibo Garcia, il va aller à mas sur ce piton. Le torero, et c’est son rôle en concours, a bien mis en évidence une partie. Tibo enchainera de très bonnes séries de derechazos données avec sincérité et même élégance. A gauche le toro est plus réservé. Le jeune novillero commet l’erreur de citer de trop près sur cette corne et surtout de ne pas faire une troisième série de naturelles. En effet, même cité de trop près, le Pincha a fait d’énormes progrès entre la première et la seconde série. Il y avait là un potentiel qui n’a pas été totalement exploré. Dommage aussi que le torero raccourcisse les distances en fin de faena, le novillo avait encore des velléités de venir de loin. Après cette faena intéressante, dans l’esprit de la concours, le tarasconnais aurait du triompher. Hélas, il a été trahi par les aciers et doit se contenter de saluer au tiers. Le Pincha a doit à une vuelta discutable car il n’a pris que deux vraies piques et qu’il a été insuffisamment vu à gauche. Il a quand même été le seul novillo à avoir eu le comportement attendu en novillada concours et est déclaré vainqueur de la compétition.
Pour ceux qui sont proches de la frontière espagnole, une novillada compète de ce fer sort dimanche prochain à Peralta et sera combattue entre autre par les novilleros français El Adoureño et Maxime Solera.

Ainsi s’achève une concours qui ne restera pars dans les annales, l’équipe de Pascal Darquié a déjà du tirer les enseignements d’autres éditions en demi-teinte et devrait redresser la barre pour l’édition de 2018 en faisant peut-être plus appel à des élevages qui ont besoin de se faire connaître comme cette année , la ganaderia El Pincha.

 

Fiche technique
Arènes du Plumaçon,
novillada concours de Saint Perdon
Sont sortis en piste, des novillos des ganaderias suivantes :

Celestino Cuadri (quelques sifflets) pour Diego Carretero (silence)
Escolar Gil (silence) pour Jorge Isiegas (silence)
Valdellan (quelques applaudissements) pour Tibo Garcia (silence)
Virgen Maria (silence) pour Diego Carretero (silence)
Pedraza de Yeltès (palmas) pour Jorge Isiegas (un avis et silence)
El Pincha (vuelta al ruedo) pour Tibo Garcia (un avis et salut au tiers)

Salut de Morenito d’Arles au second
Quatorze piques, cavalerie Bonijol
Président : Pierre Noguès (Roquefort)
Musique Al Violin
Un tiers d’arène
A l’issue du paseo, un hommage a été rendu à Damaso Gonzalez et les deux novilleros espagnols lui ont brindé leur premier novillo.
Ciel bas et orageux, pluie du second au cinquième

Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Philippe Latour