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Pontonx-sur-l'Adour (24/02/2018) : Qualité et sérieux pour le tentadero de qualification de La Fragua...

©Philippe Latour
©Philippe Latour
Le certamen de La Fragua organisé par le matador français Juan Leal est devenu un évènement incontournable du début de temporada dans le Sud-Ouest. Tournée vers la jeunesse, cette compétition entre novilleros permet de faire une revue d’effectif à l’orée de cette nouvelle saison. Il est de ces actions qui contribuent à la transmission et la pérennisation de notre culture.

Lors de la première journée, douze jeunes toreros ont l’occasion, lors d’un tentadero, de montrer leurs qualités et de gagner la possibilité d’affronter un eral lors de la novillada non piquée de ce dimanche. La tienta qualitative est à la fois formatrice pour les toreros mais aussi un excellent moyen de faire découvrir notre tauromachie en particulier aux plus jeunes. Dommage que Pontonx soit si éloigné de Dax et Mont de Marsan (entre dix huit et trente neuf minutes, Viamichelin dixit), ce qui a du empêcher les abonnés des deux arènes landaises de faire le déplacement, d’y amener leurs amis non initiés ou leurs descendants. Il y avait trop peu de monde sur les gradins, au regard de l’implication et l’engagement des organisateurs. Espérons que les aficionados des deux cités travaillaient ce samedi et que demain les gradins seront pleins pour assister le matin à la tienta matinale avec Victor Mendès et Juan Leal (excusez du peu) et l’après-midi à la finale de cette cinquième édition de La Fragua.
Les aficionados présents ont, quant à eux, passé une très belle journée. Le niveau des toreros engagés dans cette compétition progresse d’édition en édition. De plus les vaches de la ganaderia portugaise Calejo Pirès (origine Nuñez del Cuvillo), très bien présentées ont donné beaucoup de jeu et ont beaucoup exigé de leurs adversaires. Très « sélectives » elles ont permis d’établir une vraie hiérarchie entre les participants et à ceux qui ne se sont pas qualifiés de progresser de manière significative dans leur apprentissage du métier de torero.
Chacun des novilleros est sorti de premier face à une vache puis de second face à une deuxième. Le tercio de piques était assuré par Gabin Rehabi et  Nicolas (cuadra Bonijol).*
Au micro, Lionel Lohiague a su donner du rythme à la journée . Chaque torero a pu s’exprimer sans que les choses trainent en longueur.

La première vache sera la meilleure de la journée. Un peu juste de forces, elle prend trois puyazos venant au galop et poussant au contact du fer. Elle est noble et répète dans la muleta de Yon Lamothe. Le début de faena est un peu violent, ce qui accentue le côté brusque de la vache, sauf lors d’un pecho droitier où le jeune torero aguante et temple la charge de l’animal. Les meilleures séries du landais seront réussies avec la main gauche. Jorge Martinez aura du mal trouver la distance et à canaliser la caste de la Calejo Pirès.

La seconde est reçue par José Molina. La vache prend quatre piques dont elle sort seule. Elle se défend plus qu’elle ne pousse. A la muleta, elle est fuyarde. Avec un certain métier, le novillero conduit et pèse sur sa charge. Elle finit par se rendre et José enchaine, avec du dominio, de bonnes séries. En second, Cristobal Ramos Parrita profite du travail de son compañero et réalise une bonne série à droite.

La troisième vache, déjà faible, tape avec violence contre le mur sous la présidence après avoir poussé très fort à la première rencontre. Elle prend trois autres piques au pas et en se défendant. Elle tombe à plusieurs reprises bien que Villita la toréé par le haut. Le madrilène, vu à son avantage à Magescq, arrive à la tenir debout et réalise deux bonnes séries, une sur chaque main. Luis Silva après une série moyenne à gauche, réussit en toréant au ralenti à enchaîner de bonnes naturelles.

La quatrième prend trois piques sans conviction ni style. Manuel Perrera a du mal à s’imposer à une vache qui manque de race et qui cherche l’appui des planches. D’une faena brouillonne, on retiendra trois derechazos. Le nîmois Solalito, torero élégant, manque encore de métier et se fera accrocher par une vache devenue de plus en plus compliquée.

Pas grand-chose à retenir des quatre rencontres de la cinquième avec le cheval, mansa et tarda elle nécessite de l’autorité et d’être toréé en lui donnant de la distance. Alvaro Sanchez la cite de trop près et ne pèse pas sur une vache qui le met en difficulté. Raul Montero est plus expérimenté. Malgré la complexité d’une vache qui va à menos, il la cite à la bonne distance et en pesant sur les passes lui tire trois bonnes séries de derechazos.

La sixième et dernière de la matinée, bien présentée elle aussi, ne pousse pas et sort seule lors de ses quatre rencontres avec le groupe équestre. Le sévillan Pablo Paez l’entreprend, avec beaucoup de détermination et une élégance certaine, pour de bonnes séries des deux mains. Il commet quelques petites fautes et se fait accrocher à deux reprises. Adam Samira, s’il manque de métier, ne manque pas de courage. La vache, de plus en plus compliquée, le bouscule mais il ne rompt pas. Au détour d’une bonne série à gauche, on retrouve le torero qui avait attiré notre attention lors de la becerrada de Saint Sever l’an passé.

Pause déjeuner, puis reprise du Certamen, les premiers deviennent les seconds.

La septième vache sort, comme la plupart de ses congénères, avec beaucoup de gaz. Elle prend trois piques sans vraiment pousser. Dans la muleta de Jorge Martinez, elle fait preuve de noblesse, répète bien mais a une charge courte. La corne droite est la meilleure et le novillero enchaine de bonnes séries de derechazos. A gauche, la vache est plus compliquée et les séries brouillonnes. Yon Lamothe après une bonne série à droite enchaine dans un répertoire plus trémendiste face à une vache qui a baissé de ton.

La huitième prend cinq piques, pousse à la première mais sort seule des suivantes. La vache manque de fond et Parrita la toréé à la voix sans vraiment trouvé la bonne distance et sans prendre le dessus. De second, Molina trouve le sitio, enchaîne une bonne série à gauche et une très bonne à droite, confirmant la très bonne impression laissée en première partie du tentadero.

La neuvième prend trois bons puyazos en poussant. Juan Silva manque d’expérience et se laisse déborder par une vache noble mais exigeante. Il a du mal à trouver distance et rythme et sa faena est brouillonne. Villita, qui toréé de second, trouve immédiatement le sitio et enchaîne deux bonnes séries malgré un accrochage sans gravité à la première.

La dixième est une vache charpentée. Juste de forces, elle est brave au cheval en quatre rencontres venant avec force en particulier sur la dernière. Elle accuse le coup du tercio de pique. Elle est noble mais tarda. Elle est aussi exigeante et, profitant de la moindre erreur, met en difficulté Solalito. Le nîmois se fait accrocher et n’arrive pas à prendre le dessus.. Manuel Perrera est lui aussi en difficulté face à une opposante de plus en plus compliquée et qui cherche l’homme.

Raul Montero accueille la onzième par une larga. La vache prend trois bonnes piques en poussant puis va à menos lors des deux rencontres suivantes. Elle est noble, vient de loin. Le novillero se met au niveau de l’animal et enchaîne une bonne sérié à gauche et deux à droite confirmant aussi sa prestation matinale. Alvaro Sanchez a moins de métier. Il profite des qualités de la vache mais la série est brouillonne. Le novillero de Guadalajara bascule dans un répertoire plus trémendiste alors que la vache qui a baissé de ton à droite avait encore du potentiel à gauche.

La douzième et dernière est une vache très bien présentée et armée. Elle est quelconque au cheval mais noble et exigeante à la muleta. En début de faena, elle prend le dessus sur le peu expérimenté Adam Samira qui se fera accrocher. L’arlésien va à mas et réussit, en toréant en rond, une bonne série avant de céder la place à Pablo Paez. Le sévillan alterne de bonnes passes à gauche avec d’autres plus brouillonnes.

Pendant que le jury délibérait, une treizième vache a permis de vérifier que les « profs » avaient de beaux restes.

Fiche technique
Tentadero qualificatif du Certamen de La Fragua 2018
Douze vaches de la ganaderia Calejo Pirès très bien présentées, toutes intéressantes exigeantes, supérieure la première pour
Adam Samira (Arles), Alvaro Sanchez (Guadalajara), Cristobal Ramos Parrita (fondation El Juli), Jorge Martinez (Alméria), Jose Molina (Albacete), Villita (Madrid), Manuel Perrera (Badajoz), Raul Montero (Salamanque), Pablo Paez (Séville), Solalito (Nîmes), Yon Lamothe (Adour Aficion), Adam Samira (Arles)
Piqueros Gabin Rehabi et Nicolas
Cuadra Bonijol
Directeur de lidia Juan Leal
Animateur Lionel Lohiague

Sont qualifies pour la finale, ce dimanche après-midi:
Villita, Pablo Paez, Jose Molina et Raul Montero

Thierry Reboul

Voir le reportage photographique : Philippe Latour